Valais

Dominique Giroud, la chute d’un baron du vin

Le vigneron et négociant aime tout contrôler, au point de monter des dossiers sur les gens avec lesquels il travaille. Acculé, il est allé trop loin

La chute d’un baron du vin

Cela ressemble à une fuite en avant, à la stratégie désespérée d’un homme acculé. La décision de Dominique Giroud d’ordonner le piratage d’ordinateurs, notamment d’une journaliste du Temps, n’étonne pas un vigneron qui le connaît bien. «Dominique veut toujours tout savoir. En Valais, il est informé en temps réel par un large réseau d’informateurs. Il a des dossiers sur beaucoup de monde, notamment sur les gens avec lesquels il travaille. Là, il avait affaire à des gens qu’il ne connaît pas, alors…»

Dominique Giroud veut aussi tout contrôler au sein de son entreprise avec des exigences très élevées. Daniel Dufaux, qui a été son œnologue de 2006 à 2009, se souvient «d’un homme difficile à suivre», pour qui «il faut être disponible 24 heures sur 24». Pour les journalistes, impossible d’obtenir des renseignements sur son patrimoine ou son chiffre d’affaires. Interrogé sur le coût de construction de la cave monumentale de Sion, inaugurée en 2008, il a toujours répondu par une pirouette: «Seul mon comptable et moi connaissons cette information.»

Réseautage et sponsoring

Discret sur ses affaires, ce fidèle de la Fraternité d’Ecône est plus direct quand il s’agit de morale. Il s’est fait connaître en 1997 en finançant des affiches anti-avortement puis, quatre ans plus tard, en s’opposant frontalement à la Gay Pride de Sion. C’est à cette période-là qu’il développe un modèle économique inédit en Valais. Très actif sur le marché du vrac, il joue lui-même le courtier, achetant la récolte de petits producteurs en dessous des prix du marché, parfois hors quota. Il commence à utiliser le droit de coupage de manière industrielle, dépassant à plusieurs reprises la limite légale de 15%. Cela dès 1997, comme l’a souligné un rapport de la Commission de gestion du Grand Conseil valaisan (LT 21.05.2014).

Parallèlement à son activité viticole, Dominique Giroud a tissé un réseau de relations très solide en Valais et au-delà. Sponsor principal du FC Sion de 2003 à 2008, il a également soutenu la Patrouille des glaciers et plusieurs clubs de hockey sur glace comme le Lausanne HC. Il a aussi investi dans une écurie de vaches d’Hérens et assure l’intendance de la fameuse inalpe de la Combyre sur Veysonnaz à l’invitation de Jean-Marie Fournier. Avec un sens remarquable du marketing: avant que n’éclate l’affaire, le vigneron sollicitait lui-même les médias pour organiser des rencontres dans sa cave de Sion afin d’évoquer sa vision du vin et ses ambitions pour l’export.

Depuis octobre dernier, Dominique Giroud a toujours minimisé les infractions commises. L e ton a changé ces dernières semaines, en tout cas parmi ses proches. A la tête de Château Constellation, société créée pour faire oublier Giroud SA, Charles-Albert Fumeaux confiait au Temps la semaine dernière que Dominique Giroud «avait fait des bêtises et qu’il paierait pour cela».

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