Le verdict du Tribunal de police genevois est tombé dans l’affaire la plus originale du moment. Dominique Giroud, accusé d’avoir voulu pirater les ordinateurs de deux journalistes travaillant à l’époque au Temps et à la RTS, est reconnu coupable d’instigation à tentatives de soustraction de données. Le vigneron valaisan écope d’une peine de 6 mois de prison avec sursis.

Les autres protagonistes de cette opération rocambolesque connaissent des destins différents. Alex, l’ancien agent du Service de renseignement de la Confédération, resté très en retrait vers la fin des préparatifs, est acquitté. Tony, le détective privé qui jouait double jeu et livrait les documents confidentiels du vigneron au journaliste de la RTS, est reconnu coupable de complicité dans le piratage raté et condamné à 120 jours-amendes avec sursis. Enfin, Marco, le surdoué de l’informatique, coupable d’avoir lancé l’attaque proprement dite, se voit infliger 120 jours-amendes avec sursis. Il est toutefois acquitté de la tentative de contrainte au préjudice de l’ex-journaliste Yves Steiner auquel il avait envoyé un commandement de payer de 8 millions de francs.

Faits contestés

Poursuivi depuis 2014, incarcéré provisoirement durant deux semaines au début de l’affaire, jugé depuis le 19 avril dernier, Dominique Giroud plaidait son acquittement. Tout comme les trois autres prévenus. Défendu par Me Yannis Sakkas, le vigneron soutenait n’avoir jamais donné son feu vert au hacking visant à découvrir qui renseignait les médias sur ses déboires judiciaires et fiscaux. Il avait bien été tenté par cette idée, mais avait renoncé en raison du prix et d’autres difficultés du moment.

Lire à ce sujet: La défense émue de Dominique Giroud

Pour le premier procureur Stéphane Grodecki, qui soutenait l’accusation, le vigneron avait au contraire activement manigancé l’opération. Il avait ainsi «choisi de faire le cow-boy», de se moquer des lois et de porter atteinte à la liberté de la presse par pur intérêt personnel. Le Ministère public réclamait une peine de 10 mois, dont 6 ferme (complémentaire aux 600 jours-amendes déjà infligés en Valais pour des délits fiscaux).

Plus original, le parquet s’opposait aux prétentions civiles de la seule RTS, estimant que son journaliste aurait pu dénoncer le projet de piratage et «n’avait pas le droit de raconter n’importe quoi à la police, même pour protéger ses sources». Le tribunal n’est pas entré en matière et a accordé les montants réclamés par les deux médias parties plaignantes.

Lire à ce propos: Au procès de Genève, le procureur fustige les «méthodes de cow-boy» employées par Dominique Giroud et ses comparses

Développement suivra avec la motivation du tribunal.