Dominique Giroud, le tout-puissant

Valais Les internautes valaisans dénoncent la censure dont a été victimela RTS

Plusieurs décisions dans l’affaire Giroud induisent le soupçon de son influencesur les institutions

Les Valaisans sont en colère. Après l’annonce, lundi soir, de l’interdiction faite à la RTS de diffuser deux sujets sur l’affaire Giroud, les critiques se sont multipliées sur les réseaux sociaux. «République bananière», «scandale», «honte», «mafia», «censure», «dictature» reviennent en boucle dans les commentaires des internautes.

C’est la deuxième fois en trois mois que de telles mesures sont prises à l’encontre de la RTS dans l’affaire Giroud. «S’agissant d’un nouveau cas de censure de la part des autorités, Impressum dénonce une violation grave de la liberté d’information, d’autant que le thème est important pour l’opinion publique», a indiqué l’association de défense des journalistes, mardi. Le Tribunal de district de Sion a refusé de répondre à toute question, y compris à celle de son indépendance dans cette décision critiquée. Selon un ancien employé de l’institution, les juges responsables de ces deux décisions, Lionel Henriot et François Wouilloz, ne sont pas proches des milieux conservateurs auxquels appartient Dominique Giroud. Ils ont pris des décisions qu’il estime fausses, mais ils l’ont fait en toute indépendance, selon lui.

Si cette dernière décision provoque des réactions virulentes, elle n’est pas la seule à poser des questions dans le cadre de l’affaire Giroud. Le contrôleur suisse du commerce des vins, qui s’occupait de Giroud Vins entre 2006 et 2009, a été remplacé à la demande de l’encaveur. L’homme avait repéré plusieurs coupages illicites de vins qu’il avait dénoncés au chimiste cantonal valaisan. Philippe Hunziker, directeur du Contrôle suisse du commerce des vins, refuse de s’expliquer dans tout ce qui a trait à l’affaire Giroud.

Le chimiste cantonal, à l’époque Célestin Thétaz, n’a pas systématiquement dénoncé ces fraudes à la justice. Il était alors dépendant du département de Maurice Tornay, ministre des Finances et ancien réviseur des comptes de Dominique Giroud. Célestin Thétaz était aussi expert permanent de la Commission fédérale de contrôle du commerce des vins. Le chimiste cantonal fait aujourd’hui partie du département de la socialiste Esther Waeber-Kalbermatten. Questionnée par le Grand Conseil valaisan en mars dernier, elle évoquait le secret de fonction avant de répondre: «Le chimiste cantonal a facturé des émoluments et infligés des avertissements», disait-elle. «Dans certains cas, il a dénoncé les infractions à l’autorité de poursuite pénale. Parfois, ces cas ont été classés sans suite par cette autorité.» Sans que l’on sache pour quelles raisons, ni si ces décisions étaient conformes à la loi. «Il faut laisser la Commission de gestion et le Ministère public vaudois faire leur travail», répond-elle aujourd’hui au Temps.

Depuis quelques semaines, les coulisses politiques bruissent aussi de questions sur l’état des procédures de recouvrement d’impôts concernant Dominique Giroud. Les Verts ont déposé une question écrite à ce sujet lors de la dernière session du Grand Conseil. «Le Service cantonal des contributions a-t-il acquiescé à une requête de l’avocat de Dominique Giroud tendant à ce que l’effet suspensif soit octroyé?» demandent-ils au sujet d’une procédure de remboursement d’impôts. Au sein de l’administration cantonale, on affirme après vérification que cela est faux.

De nombreux commentaires d’internautes soulèvent la question du fonctionnement des institutions valaisannes. «Les Valaisans aboient, la magouille passe…», dit l’un d’eux. Les partis minoritaires dénoncent volontiers un système lié au PDC majoritaire. «S’il s’était agi d’une autre entreprise, la décision aurait-elle été la même?» demande Xavier Mottet, président du PLR.

Le bras de Dominique Giroud est-il véritablement si long qu’il permette d’infléchir des décisions à tous les niveaux de l’Etat? «Je n’en serais pas étonné, le Valais ayant un passé clanique au niveau exécutif et au niveau judiciaire, avec sept juges cantonaux PDC sur onze, lesquels nomment ensuite les juges de district», estime Gaël Bourgeois, président du PS. «Ce n’est pas pour rien que Dominique Giroud a recouru contre la décision de déplacer le for juridique de ses affaires pénales dans le canton de Vaud», souligne-t-il. Une demande à laquelle le Tribunal fédéral s’est opposé. Le commissaire socialiste à la Commission de justice du Grand conseil va demander que ladite commission se penche sur les récentes décisions du Tribunal de Sion dans l’affaire de la RTS.

«Ce n’est pas Dominique Giroud lui-même qui a le bras long», estime Xavier Mottet. «Mais tous les gens qui ont été mêlés aux décisions prises dans cette affaire se tiennent aujourd’hui par la barbichette», poursuit-il. «Tout cela, c’est un système mis en place par le PDC», renchérit Jérôme Desmeules, président de l’UDC. «Maurice Tornay fait partie du système, mais si c’était une raison de démissionner, alors il faudrait qu’ils démissionnent tous.»

Le PDC est évidemment beaucoup plus prudent. «Nous serions une république bananière si nous interférions avec les décisions de justice», rétorque Jean-Michel Cina, président PDC du gouvernement valaisan. «Je ne suis pas certain que Dominique Giroud ait tellement de pouvoir et j’ai l’espoir que les juges ont fait leur travail de manière correcte», estime Serge Métrailler, président du parti. «Et puis, Dominique Giroud n’est pas membre du PDC.» Le conseiller d’Etat PDC Maurice Tornay avait cependant reconnu, en janvier, que sa campagne 2009 avait reçu le soutien de l’encaveur.

«S’il s’était agi d’une autre entreprise, la décision aurait-elle été la même?» demande Xavier Mottet, PLR