Dominique Warluzel, condamné pour avoir tiré en direction d’une aide-soignante dans la suite d’un palace genevois, est désormais libre de résider où bon lui semble et de quitter la Suisse. Ce jeudi, le Tribunal d’application des peines et mesures a décidé de lever conditionnellement le traitement institutionnel destiné à prévenir le risque de récidive ainsi qu'à soigner les troubles ayant poussé l’avocat à exprimer dangereusement sa fureur. Il devra encore être suivi par un spécialiste, prendre les médicaments prescrits et avoir un répondant psychiatre dans le canton afin de rassurer régulièrement l’autorité. Enfin et surtout, il ne devra plus détenir des armes à feu.

Un risque de récidive faible

Contacté, le procureur général Olivier Jornot précise ne pas s’être opposé à cette libération conditionnelle de la mesure, «vu la nouvelle expertise qui dit que le danger est faible». Lors de l’audience, le Ministère public s’est déclaré favorable à une levée qui soit subordonnée à un retour à domicile aux Bahamas. Il n’a pas été suivi sur ce dernier point.

Entendu jeudi par les juges, le professeur lausannois Jacques Gasser a précisé, selon nos informations, que l’état actuel de Dominique Warluzel pouvait être qualifié de stable et que son irritabilité n’était pas débordante. L’expert aboutit à la conclusion que le risque de récidive d’actes de violence est faible, mais pas nul. L’état physique de l’avocat, très diminué depuis son accident vasculaire cérébral de janvier 2013, fait qu’il aurait de toute façon besoin d’une tierce personne pour devenir dangereux. En d’autres termes, amis et confrères sont priés de ne plus lui apporter de revolver.

Toujours selon le professeur Gasser, la médication prise par Dominique Warluzel est aujourd’hui équilibrée et raisonnable. Son état dépressif est traité et stabilisé, même si une forme de rage assez naturelle subsiste par rapport aux conséquences dévastatrices de cet AVC. Il lui faudra encore du temps pour faire le deuil du passé. Aux yeux de l’expert, une mesure en milieu fermé ou approprié n’est pas nécessaire et un traitement ambulatoire suffit.

Délai d’épreuve et règles de conduite

Dominique Warluzel est donc libéré conditionnellement de la mesure avec un délai d’épreuve de cinq ans, comme l'a annoncé mercredi soir Léman Bleu. Une psychothérapie a été ordonnée et plusieurs règles de conduite ont été imposées par le tribunal. Notamment, «celle de suivre le traitement prescrit par les médecins et de ne pas procéder à des prises de médicaments fantaisistes», indique le dispositif.

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Me Christian Lüscher, qui défend Dominique Warluzel aux côtés de Me Charles Poncet, se dit «impressionné par sa volonté inébranlable de remarcher et par les efforts qu’il déploie à cet effet». L’ex-star du barreau envisage de se rendre tout d’abord dans une clinique du canton de Lucerne où il a déjà été soigné par le passé. «Ensuite, il retournera chez lui, aux Bahamas, où il pourra continuer sa rééducation», ajoute Me Lüscher.

Sorties soumises à autorisation

Le 14 octobre dernier, à l’issue d’une procédure négociée avec le Ministère public, Dominique Warluzel était reconnu coupable de mise en danger de la vie d’autrui ainsi que de tentative de meurtre par dol éventuel. Sa peine de 30 mois de prison, dont 24 avec sursis, avait été suspendue au profit d’une mesure thérapeutique institutionnelle à durée indéterminée (au sens de l'article 59 du Code pénal). Mesure qui l’a obligé à demeurer dans une clinique, puis dans une villa aménagée et rattachée à un établissement médical privé de la place. Ses sorties, par exemple au restaurant deux fois par semaine, étaient soumises à autorisation du service compétent.

Dominique Warluzel, qui avait passé plus de deux mois en détention provisoire à l’unité cellulaire de l’hôpital au début de l’affaire, a finalement dédommagé la victime à hauteur de 170 000 francs, sans compter les frais d’avocat. Il a toujours affirmé avoir été excédé par les revendications salariales de l’aide-soignante mais n’avoir jamais eu l’intention de la blesser ou de la tuer.

Le compte-rendu du procès: Fin de partie pénale pour Dominique Warluzel