Offshore

Les données contestées des Panama Papers

Mauro Poggia ou Alain Duménil figurent dans les métadonnées des Panama Papers, mais en contestent le contenu. Qu’y a-t-il vraiment dans ces listes qui intéressent les médias et parfois la justice?

Les métadonnées des Panama Papers sont publiées depuis lundi soir. Un moteur de recherche construit à partir des 11,5 millions de documents ayant fuité du cabinet Mossack Fonseca permet de vérifier qui possède une société offshore.

Parmi eux figurent le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia (voir encadré) ou encore Alain Duménil, propriétaire à 51% du quotidien économique L’Agefi, sous enquête du fisc fédéral depuis 2013 pour soupçon de soustraction fiscale à hauteur de 54 millions de francs. Depuis, 25 millions de ses avoirs ont été mis sous séquestre et L’Agefi accumule les difficultés financières. Or, selon la base de données des Panama Papers, Alain Duménil serait, depuis le 15 avril 2011, actionnaire d’une société toujours active aux îles Vierges britanniques. Cette même société serait liée à une société luxembourgeoise, elle-même liée à 116 sociétés. Joint par Le Temps, Alain Duménil nie. «Je conteste le fait que cette société m’appartienne. C’est faux. Peut-être qu’il y a quinze ans j’ai eu une société offshore, mais j’ai oublié», répond-il. «Ces déclarations sur la base de données volées, dont on ne sait pas si elles contiennent des faux ou non, me laissent sans aucun moyen de défense. Sur la base de quel document pourrais-je vous prouver que je ne possède pas une telle société?» ajoute-t-il.

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«C’est une situation dangereuse pour l’image des personnes privées figurant dans cette liste», estime Klaus Stöhlker, conseiller en communication en Suisse alémanique. «A Zurich où l’on est très strict avec les capitaux, c’est très mal vu. Si une personne est concernée par cette liste mais qu’elle possède une société de manière légale, alors le seul conseil que l’on puisse lui donner c’est de rester ouverte et d’expliquer sa situation.»

«Pénalement, il n’y a rien d’extraordinaire»

A l’inverse, quelle crédibilité faut-il accorder à cette liste de noms qui ne fournit aucun document permettant de vérifier les informations? Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) n’a pas répondu aux questions du Temps à ce sujet. Rien ne permet donc de s’assurer qu’il n’y a pas d’erreur dans ces métadonnées.

Il n’empêche que les médias et, dans certains cas, la justice pourraient s’y intéresser. Ainsi, le procureur général valaisan, Nicolas Dubuis, déclarait au Nouvelliste mardi qu’il «a pris connaissance du fait que des entités valaisannes apparaissent sur la liste […] et procède à des investigations». A Genève, le procureur général Olivier Jornot considère qu’il n’y a pas d’intérêt à aller chercher des noms dans cette base de données. «Pénalement, il n’y a rien d’extraordinaire à savoir que quelqu’un possède un offshore. En revanche, si nous soupçonnons une infraction, nous irons chercher l’information à la source dans le cadre d’une procédure», explique-t-il.

Quant au Ministère public de la Confédération, il fait une réponse alambiquée par écrit: «Le Ministère public n’a rien changé au niveau opérationnel en lien avec cette thématique» [des Panama Papers]. Mais il ajoute qu’«en principe, le MPC est intéressé par les informations éventuellement pertinentes, si ces informations devaient être tenues à disposition de la procédure».

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