A Dorénaz, des citoyens en guerre contre un cimetière automobile

Valais Quarante villageois dénoncent vingt-cinq ans de pollution

Voilà plus de vingt ans qu’une montagne de carcasses de véhicules gâche le paysage du petit village de Dorénaz. Anne-Chantal Biollay en a «ras-le-bol». Ce matin, elle a envoyé une lettre à la presse. Elle était signée par une quarantaine de citoyens, «d’autres n’osent pas parce qu’ils se sentent menacés». Les habitants dénoncent les méthodes de la famille Revaz, qui récupère, démolit et recycle des voitures sur un terrain qui longe le Rhône. L’entreprise est en partie installée sur une zone agricole. Au cadastre, c’est un site pollué.

Fin mai, les frères Revaz ont été obligés de mettre à l’enquête publique la pose d’un concasseur destiné à broyer les véhicules. Sans demander d’autorisation, ils avaient déjà commencé les travaux au début du mois, avant d’être interrompus par la police. Le projet a finalement suscité cinq oppositions chez 21 personnes. Des parlementaires de tous les partis ont signé une interpellation et un postulat au parlement. Ils ont été invités à visiter le site la semaine passée. «On voulait nous convaincre qu’il n’y a pas de problème», résume Jérémie Pralong, qui est aussi hydrogéologue spécialiste des sites pollués. Pour le député, l’entreprise peine à respecter la loi.

Zone agricole polluée

La guerre a commencé en 1991. Trois citoyens dénonçaient au Service de la Protection de l’Environnement (SPE) l’enfouissement de déchets dans des excavations qui touchaient à la nappe phréatique. «On pouvait apercevoir des flammes bleues quand ils déversaient le magnésium», se souviennent les voisins. Sans autorisation, les frères Revaz construisaient alors les fondations de leurs halles, partiellement situées sur une zone agricole. L’entreprise bénéficie d’une autorisation provisoire pour exploiter le site jusqu’au 31 mars 2016. Des investigations ont été menées à partir de 2007, et des travaux d’assainissement réalisés entre 2010 et 2013. Le géologue Pascal Tissières a rendu son rapport en août 2014. Il conclut que le site ne nécessite plus ni surveillance, ni assainissement. Le SPE a demandé un complément d’investigation.

Aujourd’hui, les frères Revaz reconnaissent peu d’erreurs et parlent de diffamation. En place depuis 1988, le président de la commune, Daniel Fournier, admet que l’entreprise n’a pas toujours suivi les règles. Il explique que «rien n’est jamais parfait dans le secteur de l’autodémolition». Les citoyens, eux, s’inquiètent de l’état du sol et des eaux sur un autre terrain, celui que l’entreprise exploitait à ses débuts, dans les années 1980.