Départ

«Doris Leuthard avait un rapport décomplexé au pouvoir et à la féminité»

La conseillère fédérale PDC a annoncé son départ ce matin. Au parlement, ses collègues saluent de manière presque unanime la carrière d'une politicienne décrite comme charismatique et compétente

Sous la Coupole, les réactions s’accumulent quelques instants après l’annonce de la démission de Doris Leuthard. Au PDC, le parti de la conseillère fédérale partante, son président Gerhard Pfister avoue avoir «encore un peu de mal à accepter cette décision», qu’il qualifie de «grande perte». Parmi ses plus grands succès, il cite notamment la préparation de l’accord de libre-échange avec la Chine, le premier dans son genre entre l’Empire du Milieu et un pays tiers. «C’est une des personnalités les plus fortes que le Conseil fédéral ait connues ces dernières années», salue le Zougois, qui indique toutefois «avoir de très bons candidats pour la remplacer». Il n’est lui-même pas sur la liste.

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Pour prendre le siège PDC laissé vacant, la question est désormais sur toutes les lèvres: faut-il une autre femme? «Au XXIe siècle, dit Gerhard Pfister, il est absolument nécessaire d’en porter en politique.» Il ne sera pas plus précis. Il n’est donc pour le moment pas clair de savoir si, comme l’appellent de leurs vœux de nombreux partis, le PDC présentera un double ticket féminin à la succession de l’Argovienne.

«Une femme solaire»

Les Verts notamment, Lisa Mazzone à leur tête, poussent pour que ce scénario se réalise. «Ce n’est pas parce qu’il y a deux sièges à pourvoir qu’il faut perdre de vue la sous-représentation actuelle des femmes au gouvernement. Deux sur sept, c’est insuffisant! Il en faut au moins trois.» Dans le même parti, Adèle Thorens Goumaz (VD) salue «l’excellente partenaire pour les Verts» qu’a été l’Argovienne, et son rôle dans la sortie du nucléaire. Celle qui était active dans une société proche du milieu nucléaire avant son élection «a compris que le vent tournait», constate la Vaudoise. «C’était une femme solaire, compétente, clairvoyante et courageuse», a-t-elle encore souligné, appelant également le PDC à présenter «au moins une candidate féminine».

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Au PLR, Petra Gössi (SZ), présidente du parti, a déclaré «prendre acte de la décision de Mme Leuthard». Elle a rendu hommage à la conseillère PDC, «toujours positive», ainsi qu’à l’ensemble de son mandat. Quelques jours à peine après l’annonce du départ de Johann Schneider-Ammann, la Schwytzoise a souligné que son parti se pencherait sur la succession du conseiller fédéral PLR «de manière indépendante de la campagne du PDC». Quant au sexe du successeur du Bernois, elle a ajouté que la «compétence prévaudrait sur les considérations de genre».

«Le Valais ne la regrettera pas»

Le même discours s’impose à l’UDC, pour qui l’important est avant tout d’élire «quelqu’un qui se préoccupe des intérêts du pays», a souligné Jean-Luc Addor (UDC/VS). «Son départ ouvre le champ des possibles», a déclaré le Valaisan, pour qui, «si deux femmes compétentes se présentent, pas de problème, si c’est deux hommes compétents, alors ça va aussi». Sur un plan plus régional, le Saviésan a ajouté que «le Valais ne la regrettera pas». Le traitement par la conseillère fédérale des dossiers de l’aménagement du territoire, de la redevance hydraulique ou encore du deuxième tube du tunnel du Lötschberg, pas prioritaire pour l’administration fédérale, reste en travers de la gorge du conseiller national.

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Au PS enfin, Géraldine Savary (PS/VD) rend hommage à «une femme qui disposait d’un rapport décomplexé au pouvoir et à la féminité. Elle a réussi à s’imposer dans un parti très masculin, sans avoir peur de jouer avec son image. C’était une séductrice, au sens politique du terme. Nous allons la regretter.» La conseillère nationale vaudoise souligne également le rôle stratégique qu’a joué Doris Leuthard pour la Suisse romande, où elle a «porté de grands projets». Chez les Vert’libéraux, Isabelle Chevalley (VD) souligne également la capacité intellectuelle de la politicienne démissionnaire, qu’on ne «pouvait mettre en défaut à la tribune».

Au Conseil fédéral, deux sièges à repourvoir

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