Politique étrangère

Doris Leuthard: «Les candidats au Conseil fédéral ne sont pas des spécialistes du dossier européen»

La présidente de la Confédération devrait accueillir le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker cet automne. Se dirige-t-on vers des progrès dans le dossier européen? Entretien

Le Temps: Vous avez offert les bons offices de la Suisse dans la crise entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Votre offre a-t-elle rencontré un écho jusqu’à présent?

Doris Leuthard: La Chine a officiellement salué notre démarche mercredi dernier. Son Département des affaires étrangères s’est exprimé dans ce sens.

Ce type de démarche se fait en principe dans la discrétion. Pourquoi en avoir parlé?

Le Département des affaires étrangères avait, dimanche déjà, signalé notre disponibilité. Ce n’est pas nouveau. La Suisse met toujours ses compétences en matière de bons offices à disposition lors de situations conflictuelles, plus encore lorsqu’il y a une escalade dans la crise. De plus, nous jouons déjà un rôle dans cette région. Je rappelle que la Suisse a des observateurs militaires sur la ligne de démarcation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Elle est également un des seuls pays au monde, avec la Norvège, à poursuivre des projets humanitaires en Corée du Nord. De plus, la Suisse est neutre et la Genève internationale a fait ses preuves en tant que plateforme de dialogue.

Reste à convaincre les Etats-Unis?

Effectivement, rien ne dit que notre offre de bons offices soit acceptée par les Etats-Unis. Le président Donald Trump suit pour l’instant une ligne dure. Mais je ne souhaite pas commenter plus en détail la prise de contact entamée par le Département fédéral des affaires étrangères.

Dans les relations avec l’Union européenne, une rencontre est prévue cet automne avec Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Est-elle déjà inscrite dans votre agenda?

Le Conseil fédéral tiendra auparavant une séance spéciale (Klausur) sur la politique européenne afin de faire le point. Deux dossiers ont cependant avancé depuis la dernière rencontre: l’accord sur le couplage des systèmes d’échange de quotas d’émission a été paraphé et nous avons mis à jour l’accord sur les entraves techniques au commerce. La reconnaissance des équivalences dans le secteur des services financiers pourrait également bientôt aboutir.

Mais c’est sur l’accord institutionnel qu’on attend des avancées?

L’Union européenne a bien compris que la question du règlement des différends était très sensible en Suisse. Comme nous, elle n’a pas envie d’un accord qui ne soit pas acceptable par la population. Le Conseil fédéral veut un accord qui soit dans l’intérêt de tout le pays et qui respecte nos institutions démocratiques. De ce fait, les discussions prennent un certain temps.

A propos de cet accord institutionnel, de ses contours et de sa nécessité, la campagne des candidats PLR au Conseil fédéral montre qu’il y a d’énormes réticences. Les «juges étrangers» sont une ligne rouge à ne pas franchir. Cela remet en question votre approche?

Le Conseil fédéral est clair: la Suisse a besoin de cet accord institutionnel pour préserver et développer la voie bilatérale. Et je note qu’aucun des candidats à la succession de Didier Burkhalter ne dit le contraire. Maintenant, plusieurs points sont ouverts sur la manière de régler les litiges. A ce propos, nous n’avons pas attendu les dernières déclarations des uns et des autres pour défendre nos intérêts dans nos négociations avec l’UE. Lorsque la meilleure procédure aura été définie, elle devra être expliquée. La communication dans ce dossier sera très importante. Il y a un énorme travail de conviction à faire. Surtout, il sera alors temps de souligner l’importance d’un tel accord pour la Suisse, qui ne peut être réduit à la simple question du règlement des différends.

Celui ou celle qui rejoindra le Conseil fédéral pourra-t-il encore avoir une influence?

Celui ou celle qui entre dans un collège doit en adopter les positions. Il va de soi naturellement que chacun peut faire valoir ses arguments. Je constate que les trois candidats en question ne sont pas encore des spécialistes en affaires européennes.

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