La Suisse fait déjà suffisamment d’efforts pour éviter les abus dans les exportations de matériel de guerre. Les interdire totalement mettrait à mal l’emploi, l’économie et la sécurité du pays, estime Doris Leuthard qui a lancé sa campagne contre l’initiative du GSsA en votation le 29 novembre.

«En tant que ministre du travail, je ne peux pas prendre la responsabilité de mettre en jeu des emplois hautement qualifiés», a déclaré la conseillère fédérale mardi devant la presse. Même si les exportations d’armes ne représentent que 200 à 400 millions de francs par an, soit 0,33% des exportations totales.

Le nombre de postes qui pourraient passer à la trappe en cas d’interdiction des exportations de matériel de guerre reste approximatif. Selon l’institut de recherche économique BAK, plus de 5000 emplois seraient en danger, dont 3500 directement liés à cette industrie et 1800 à des sous-traitants.

Cela pourrait aussi être plus, selon Doris Leuthard. Les cantons de Nidwald, Zurich, Thurgovie, Berne et Lucerne seraient particulièrement touchés.

Mais le marché du travail n’est pas la seule préoccupation de la ministre de l’économie. L’initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) serait aussi une barrière à l’innovation et risquerait d’entraîner une perte importante de savoir-faire. Car les travaux de l’industrie de l’armement servent aussi à des fins civiles.

Et la conseillère fédérale de citer pêle-mêle comme débouchés les simulateurs pour poids-lourds, la micro-chirurgie ou la conservation de livres et de documents. A ses yeux, il est douteux d’affaiblir l’économie pour ensuite faire intervenir l’Etat afin de réparer les pots cassés.

L’initiative réclame en effet des pouvoirs publics qu’ils prennent à leur charge le soutien aux régions frappées par l’interdiction. Mais le temps que la législation nécessaire soit adoptée par le Parlement, il sera trop tard. Les emplois seront déjà perdus, a affirmé Doris Leuthard.

Concernant les coûts d’une telle aide fédérale à la reconversion, la ministre est restée dans le vague. Tout dépendrait des mesures prises. Mais une des hypothèses avance des frais de 500 millions de francs..

L’économie n’est pas le seul argument que le Conseil fédéral entend mettre en avant durant la campagne. La sécurité nationale serait aussi en péril. L’industrie suisse de l’armement est grandement dépendante des marchés étrangers. Ainsi, 30 à 37% des produits de RUAG, groupe suisse spécialisé dans le matériel civil et militaire détenu par la Confédération, sont destinés à l’exportation.

Si on ne lui permet plus de vendre hors des frontières, cette industrie délocalisera sa production. Et, en cas de crise, l’armée suisse serait à la merci de l’étranger pour son approvisionement en armes.

Le gouvernement ne reconnaît qu’un mérite à l’initiative: demander le soutien aux efforts internationaux en matière de désarmement et de contrôles des armements. Mais la Suisse agit déjà de manière tout a fait satisfaisante dans ce domaine. Dans les enceintes internationales, elle s’investit pour l’adoption de traités contraignants sur le commerce des armes et le renforcement des contrôles.

Et le Conseil fédéral d’affirmer que des critères très précis sont appliqués lors de l’octroi des autorisations d’exportation de matériel de guerre. L’aval n’est pas donné si le matériel est destiné à des parties en conflit ou à des pays ayant commis à maintes reprises des violations graves des droits de l’homme.

L’initiative du GSsA veut interdire l’exportation et le transit de matériel de guerre, de biens militaires spécifiques - comme les avions d’entraînement ou les simulateurs - ainsi que des biens immatériels qui y sont liés. Elle prohibe aussi le courtage et le commerce de ces biens si leur destinataire est à l’étranger.

Les armes de chasse et les armes de sport, les appareils servant au déminage humanitaire et les biens exportés temporairement par des autorités suisses ne seraient pas soumis à l’interdiction.