Ce fut une apparition devant la presse sans possibilité de poser des questions. A l’issue de leur entretien d’environ 45 minutes, dont un aparté sans collaborateurs présents, Emmanuel Macron et Doris Leuthard ont, dans la cour de l’Elysée, passé en revue les grands dossiers de la coopération Franco-Suisse.

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Point d’orgue pour le chef de l’Etat français qui est venu à Lausanne, les 10 et 11 juillet, défendre la candidature de Paris aux Jeux olympiques d’été 2014: les flux de frontaliers. «Ils sont la continuité de la France en Suisse» a plaidé le président élu le 7 mai, pour qui la solution en train d’être trouvée pour la libre circulation des travailleurs «dans le respect des principes européens» est une «excellente nouvelle». Emmanuel Macron, comme Doris Leuthard, s’est exprimé à l’issue de leur rencontre pendant une dizaine de minutes dans la cour de l’Elysée où la Garde républicaine en grand uniforme a rendu les honneurs à la conseillère fédérale, dont la dernière visite officielle à Paris remonte au mois de décembre 2015, pour le sommet sur le climat. La conseillère fédérale a d’emblée été conviée par son hôte à assister, le 12 décembre 2017, à la prochaine rencontre sur le climat organisée par l’Elysée.

La fiscalité au cœur des discussions

Une nouvelle donne franco-suisse? Des sujets de contentieux? Difficile d’en savoir plus à ce stade – une conférence de presse suisse aura lieu à 16h15 – tant les deux présidents se sont contentés de formules officielles. Un point est certain toutefois: la fiscalité a occupé une bonne partie de leurs échanges. Emmanuel Macron s’est félicité de la reprise de coopération administrative entre les deux pays en matière fiscale le 12 juillet dernier. «Nos relations en matière fiscale repartent aujourd’hui sur des bases constructives» a précisé celui qui, sous le quinquennat de François Hollande, travaillait sur ces sujets comme conseiller. «La meilleure façon de prouver notre coopération est de passer aux actes» a-t-il poursuivi. Le chef de l’Etat français tenait à régler cette question de la coopération administrative un temps suspendue – en raison des données relatives au procès à venir de l’UBS en France – avant de recevoir son homologue helvétique.

L’UBS pas au programme

La question de l’UBS n’a toutefois pas été évoquée lors des entretiens du jour a appris Le Temps. L’échange automatique d’informations fiscales à compter du 1er janvier 2018, sur la base des informations 2017, a en revanche été mis en avant par Paris. «Un engagement a été pris par la Suisse, il doit être respecté à la lettre» confirmait, à l’issue de la visite, une source élyséenne.

Sur l’ensemble des sujets évoqués, un a manqué à l’appel, au moins dans les comptes rendus présidentiels: celui du démantèlement – après sa fermeture actée en début d’année – de la centrale nucléaire frontalière de Fessenheim, la plus ancienne de l’Hexagone. Doris Leuthard devrait en reparler lors de son entretien avec le premier ministre Edouard Philippe, qu’elle est allée rejoindre dans la foulée. La Suisse n’entend pas participer financièrement au démantèlement des réacteurs concernés, même si des experts helvétiques participent au groupe de travail constitué sur l’avenir des installations.

Un salut à l’hôte de l’alliance internationale pour le patrimoine

En plein débat sur le Brexit – les négociations ont repris cette semaine à Bruxelles – la participation de la Suisse à l’espace Schengen a été saluée par Emmanuel Macron, qui a souligné la participation de la Confédération aux initiatives prises pour faire face aux flots de migrants venus d’Afrique et du Moyen-Orient. Doris Leuthard a pour sa part rappelé l’importance des actions menées pour le développement dans les zones d’émigration du Sahel, où intervient l’armée française. De façon plus inattendue, le président Français a félicité la participation helvétique à la sauvegarde du patrimoine en péril dans les zones de conflits, via l’installation à Genève de «l’alliance internationale» mobilisée sur ce sujet.

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«Notre relation est de qualité. Nous avons la volonté conjointe de l’améliorer», a promis Emmanuel Macron avant de raccompagner Doris Leuthard à sa voiture, sur fond de musique militaire. Une bise à la clef. Les bases bilatérales du nouveau quinquennat sont posées. Plus, si affinités.

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