Sortie du Nucléaire

Doris Leuthard freine l’essor du solaire

C’est le paradoxe de la stratégie énergétique 2050. Mercredi, Doris Leuthard a présenté un programme faisant la part belle aux énergies renouvelables pour remplacer le nucléaire. Mais son office vient de mettre en consultation un projet qui prévoit de baisser les subventions accordées aux producteurs d’énergie solaire. La durée de la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) pourrait passer de 25 à 15 ans. Les tarifs versés seraient également revus à la baisse

Doris Leuthard freine l’essor du solaire

Energie Tarifs et durée du soutien au solaire sont revus à la baisse

Tollé quasi général

Mercredi à Berne, la conseillère fédérale Doris Leuthard présentait sa stratégie énergétique. Une stratégie qui fait la part belle aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables pour remplacer le nucléaire. Avec de grandes ambitions, notamment pour le photovoltaïque. Selon le scénario de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), d’une production d’à peine 0,1 TWh en 2010, l’énergie solaire photovoltaïque doit passer à 1,26 TWh en 2020, 7 TWh en 2035 et 11 TWh en 2050.

Le saut est énorme. D’où l’incompréhension des milieux actuellement consultés sur des modifications de la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC), soit l’instrument de la Confédération servant à promouvoir la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. Dès le 1er janvier 2014, la durée du soutien aux producteurs pourrait être ramenée à 15 ans, contre 20 à 25 ans actuellement. La mesure concerne toutes les technologies vertes. Mais le photovoltaïque est doublement touché puisqu’en ce qui le concerne, l’OFEN prévoit parallèlement de réduire d’environ un tiers les montants attribués par kWh produit.

«Nous ne voulons décourager personne de produire de l’énergie solaire. Mais la RPC n’a pas été conçue pour que les producteurs fassent des profits. Or, aujourd’hui, les coûts des installations ayant fortement diminué, l’amortissement se fait dans certains cas en huit ou dix ans. Il est donc juste que nous adaptions la RPC à cette réalité», explique Marianne Zünd, responsable de la communication à l’OFEN. Les milieux concernés ont jusqu’au 11 septembre pour répondre à la consultation, lancée très discrètement mi-août et sans annonce officielle. Un délai très court mais qui n’empêchera pas les défenseurs des énergies renouvelables de réagir vivement.

Président de Swissolar, le socialiste vaudois Roger Nordmann prévoit un «effondrement du solaire en Suisse si cette modification entre en vigueur comme elle a été présentée». Il a fait ses calculs: avec cette nouvelle formule, le taux de rendement pour celui qui investit dans une installation photovoltaïque ne dépasserait guère les 2%. «Donc je doute qu’il investisse à ces conditions, surtout s’il s’agit d’une entreprise ou d’une caisse de pension car elles ont des exigences de rendement», poursuit-il. Les spécialistes craignent également ce changement. Directeur de Solstis, Pascal Affolter s’attendait à une baisse du soutien. Mais pas à ce point, et pas aussi rapidement. «Nous avons récemment engagé cinq personnes qualifiées. Or, je crains que des projets ne se fassent plus si on maintient ces nouvelles conditions», explique-t-il. Pascal Affolter comprend qu’on adapte la RPC aux réalités du marché et aux prix actuels des installations. Mais il estime qu’ils ne vont plus baisser aussi fortement que ces dernières années. «Beaucoup d’acteurs ont cessé leurs activités, nous entrons dans une phase de consolidation», déclare-t-il.

Avec ce projet, Doris Leuthard fâche aussi son propre parti. Le conseiller national valaisan PDC Yannick Buttet affiche son incompréhension. «Si on veut vraiment sortir du nucléaire, on ne s’attaque pas pareillement au soutien aux énergies renouvelables. Ou alors on se tire une balle dans le pied», réagit-il. Pour lui, la conseillère fédérale tout comme l’OFEN sont mis sous pression par les grands groupes électriques. Un avis partagé par Adèle Thorens, présidente des Verts. «Le solaire engendre une dissémination de la production et donc des gains. Par conséquent, cette décentralisation déplaît aux producteurs traditionnels car pour eux, elle implique de gros investissements pour adapter le réseau.»

Le nouveau modèle ne toucherait pas les petites installations solaires. Dès janvier 2014, elles bénéficieront d’une aide unique de 30% du montant investi. C’est donc les projets de moyenne et de grande importance qui sont concernés, comme ceux prévus sur les toits des entreprises, des bâtiments agricoles, des surfaces administratives et commerciales, etc. Ainsi, même si la droite et les milieux économiques applaudissent toute mesure visant à réduire les soutiens pour se rapprocher des réalités du marché, ils émettent quelques réserves. Directeur de l’Union suisse des paysans, le conseiller national radical Jacques Bourgeois estime par exemple que le projet d’ordonnance va trop loin. Mais l’OFEN ne semble pas borné. Marianne Zünd rappelle qu’en l’état, «il s’agit de propositions». Et Yannick Buttet prévient: «Si l’OFEN ne revient pas en arrière, nous interviendrons au parlement.»

«La RPC n’a pas été conçue pour que les producteurs fassent des profits»

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