Doris Leuthard devra bientôt laisser le PDC affronter sans elle son destin, encore qu'un conseiller fédéral ne reste jamais totalement indifférent au sort de son parti. Sa marque demeurera toutefois imprimée sur le programme électoral, qu'elle a présenté jeudi à la presse, une année et demie avant l'échéance d'octobre 2007, de même que sur des options à plus long terme. «Nous sommes prêts», affirment les démocrates-chrétiens, ce qui apparaît comme une façon de montrer que leur charismatique et quasi irremplaçable présidente a serré les boulons avant de les laisser voler de leurs propres ailes.

Un revenant au comité

Le programme est au demeurant sans surprise, centré sur la famille, l'emploi et la sécurité sociale. Les souris d'ordinateur remplaceront les brosses à dents comme gadget électoral, pour montrer que le parti s'investit dans la formation. Aux côtés de la conseillère aux Etats Madeleine Amgwerd (JU), un revenant figure dans le comité de campagne, l'ancien chef du groupe parlementaire Jean-Michel Cina, aujourd'hui membre du gouvernement valaisan. Un signe que les partis cantonaux sont plus présents dans la campagne que lors des précédentes échéances.

Comme le PDC ne dispose pas de gros moyens financiers, il s'efforcera d'utiliser toutes les votations et événements politiques qui s'inscrivent dans son champ programmatique, à commencer par la campagne contre l'initiative COSA et celle en faveur des allocations familiales. Il espère aussi qu'une solution à l'imposition des couples mariés fera son chemin au parlement. Si cela devait donner lieu à un référendum, le parti s'engagerait résolument. La constellation politique est telle, assure Doris Leuthard, qu'il y aura un débat de politique familiale d'ici à l'automne 2007. Elle s'en félicite, dès lors que les sondages montrent que la situation des jeunes et des familles de la classe moyenne est un sujet de préoccupation.

Le climat sera sans doute morose en 2007, et le PDC espère ouvrir de nouveaux horizons, en particulier à l'intention des abstentionnistes. Il renoncera, précise encore la présidente, aux affiches et aux annonces au contenu d'ordre général pour mieux coller à l'actualité. Il entend par ailleurs développer des visions qui vont au-delà des échéances électorales, sur la communauté et la famille, l'économie sociale de marché et la classe moyenne, l'énergie et la mobilité, la société du savoir. Une discussion s'ouvrira sur ces thèmes cette année encore.

Volonté d'en découdre

Le parti entre en campagne très tôt, avec un fort contenu programmatique, avec une unité retrouvée et une image meilleure que celle de ces dernières années. Il y a quatre ans, observe Jean-Michel Cina, il n'en était encore à pareille époque qu'aux opérations préparatoires. Il a enregistré des gains dans les élections communales et cantonales et le moral est bon. «Nous partons avec un bon bilan», relève Doris Leuthard, avec la réduction des primes d'assurance maladie pour les jeunes, le congé maternité, le programme d'impulsion pour le financement des crèches et avec les allocations pour enfants. Sans verser dans l'euphorie, les démocrates-chrétiens affichent une volonté d'en découdre. Le but est de consolider les positions en 2007, en maintenant sa primauté au Conseil des Etats et en récupérant l'un ou l'autre siège au National, pour mieux rebondir en 2011 et reconquérir le deuxième siège au Conseil fédéral.

Dans cette perspective, le parti veut se positionner résolument au centre. Il refuse la polarisation, le sectarisme à gauche comme les velléités hégémoniques à droite, et prône un retour à un esprit de concordance, basé sur un contenu programmatique. Le pays a besoin, assure le secrétaire général Reto Nause, d'un centre fort.