Service public

Doris Leuthard lance la campagne contre «No Billag»

En réduisant le montant de la redevance de 85 francs par an, la conseillère fédérale veut inciter le peuple à rejeter l’initiative qui veut supprimer cette taxe

C’est parti! Même si Doris Leuthard ne veut pas en avoir le nom, c’est bel et bien en ce 18 octobre qu’a été donné le coup d’envoi de la campagne sur l’initiative «No Billag», dont la votation est désormais fixée au 4 mars 2018. Comme Le Temps l’a révélé, le Conseil fédéral a fixé le nouveau montant de la redevance radio-TV à 365 francs par an et par ménage, soit 85 francs de moins qu’aujourd’hui.

Selon la décision prise par le peuple en juin 2015, tous les ménages suisses contribueront désormais au financement de la SSR et de 34 chaînes de radio et de TV privées, dont la quote-part passe de 67 à 81 millions par an. Pour ce qui est des entreprises suisses, les trois quarts d’entre elles – celles dont le chiffre d’affaires est inférieur à 500 000 francs – seront exonérées de la redevance. Elles étaient environ 110 000 à s’acquitter de la taxe, elles seront 140 000 à l’avenir. Les plus grandes d’entre elles, qui réalisent un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de francs, devront verser un montant de 35 000 francs.

«Un prix très avantageux»

Le Conseil fédéral profite aussi de l’occasion pour donner un coup de pouce à l’Agence télégraphique suisse (ATS), qui recevra nouvellement 2 millions de francs par an. Un soutien bienvenu pour une agence employant 200 collaborateurs dont le chiffre d’affaires annuel est en baisse: 36 millions par an, compte tenu de la récente intégration de Sport Information. «Ces 2 millions vont nous permettre de couvrir une grande partie du déficit des services francophone et italophone, qui se chiffre à environ 2,5 millions par an», indique son rédacteur en chef, Bernard Maissen.

«Un franc par jour et par foyer, c’est un prix très avantageux pour un service public de qualité assuré dans toutes les régions du pays, de même que pour garantir son indépendance», a souligné Doris Leuthard. En comparaison internationale, le prix de la redevance était jusqu’ici l’un des plus élevés d’Europe, mais seulement en tenant compte du fait que la SSR travaille en quatre langues. Si l’entreprise de service public avait été unilingue, elle n’aurait eu besoin que de 214 euros par foyer par an, soit un montant inférieur à celui de l’Allemagne, l’Autriche et des pays scandinaves.

«Une manœuvre politique»

Du côté des auteurs de l’initiative «No Billag», qui veut supprimer la perception de toute redevance radio-TV, l’on a accueilli la nouvelle avec sarcasme. «C’est une manœuvre politique. La baisse de la facture pour les citoyens sera compensée par les entreprises», regrette Nicolas Jutzet, le responsable de «No Billag» en Suisse romande, qui ajoute: «Doris Leuthard ne répond toujours pas à la question morale de fond: est-il juste d’obliger les citoyens à payer pour des contenus qu’ils ne veulent pas consommer»?

Pour leur part, les adversaires de l’initiative se déclarent satisfaits de la décision du Conseil fédéral. «C’est une bonne nouvelle, car elle donne de la crédibilité à Doris Leuthard, qui tient l’engagement qu’elle avait pris de faire baisser la redevance en dessous de 400 francs», relève Olivier Français (PLR/VD), conseiller aux Etats et président de la Commission des transports et des télécommunications. C’est donc une bonne base pour entrer dans une campagne qui s’annonce rude: «Cette initiative, qui signifie la mort de la SSR, est si simpliste qu’il faut s’en inquiéter.» Elle tombe de plus à un très mauvais moment: celui où le paysage de la presse écrite s’appauvrit dans sa diversité, en Suisse romande comme d’ailleurs en Suisse alémanique, où le stratège de l’UDC Christoph Blocher vient de racheter de nombreux titres de journaux locaux gratuits.

SSR: priorité aux programmes

Pour la principale concernée, à savoir la SSR, la décision du Conseil fédéral, qui plafonne les recettes de la redevance à 1,2 milliard, est une mauvaise surprise. «Cela représente une diminution effective d’environ 50 millions et aura des conséquences significatives sur le budget de la SSR dès 2019», réagit-elle dans un communiqué. Elle mettra donc en marche un train de mesures, mais en donnant la priorité «au maintien des meilleures prestations de programmes possibles».

Dossier
La controverse «No Billag»

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