La date du 28 février 2016 est encore éloignée. C'est celle du prochain scrutin fédéral. Quatre objets seront au programme: la deuxième initiative de l'UDC pour l'expulsion des criminels étrangers, celle du PDC sur l'imposition des couples, celle des Jeunes socialistes contre la spéculation sur les denrées alimentaires et le référendum contre le percement d'un second tunnel routier au Gothard.

Ce dernier sujet agite déjà partisans et opposants sur les réseaux sociaux. Il promet une bataille féroce. Le Conseil fédéral a décidé d'entrer en scène très vite. Il l'a fait mardi par la voix de Doris Leuthard. Pourquoi si tôt? «Le mois de décembre sera absorbé par d'autres choses, puis il y aura les fêtes de fin d'année. Or, il faut au minimum deux mois complets pour débattre de ce sujet», répond-elle. Elle compte novembre et janvier.

Long de 16,9 kilomètres, le souterrain actuel date de 1980. Les installations - ventilation, évacuation des eaux, revêtement, éclairage, accotements - correspondent aux exigences de l'époque. Elles ne répondent pas aux normes actuelles. La galerie est en outre bidirectionnelle. Il y a une voie de circulation dans chaque sens, sans séparation, ce qui pose des problèmes de sécurité. «Il y a eu beaucoup d'accidents graves», rappelle Doris Leuthard: 181 entre 2001 et 2014, dont une collision frontale ayant provoqué la mort de onze personnes en octobre 2001.

Dix ans de travaux

L'ouvrage doit être assaini. Il faut choisir entre deux options. La première, retenue par le Conseil fédéral et le parlement, consiste à forer un second tunnel 70 mètres à l'ouest de l'actuel. Les travaux devraient durer sept ans. Une fois achevé, il accueillera à son tour deux voies de trafic, une dans chaque sens, le temps d'assainir l'ancien. Cela prendra trois ans de plus.

Les travaux devraient être achevées vers 2030. Toutefois, afin de respecter l'article constitutionnel sur la protection des Alpes qui interdit d'augmenter les capacités, chaque tube n'offrira qu'une voie de circulation, chacune flanquée d'une piste de secours. Le coût est estimé à 2,8 milliards de francs.

Cette solution est soutenue par les lobby automobile, les organisations économiques, les partis de droite et la Conférence des directeurs cantonaux des travaux publics. Le gouvernement tessinois est à fond derrière ce projet: «De toutes les variantes étudiées, c'est celle qui offre le meilleur rapport coûts/bénéfices. Le Gothard n'est pas un tunnel de vacances pour le Tessin. Il fait partie de sa vie quotidienne, pour l'acheminement de marchandises ou des transports en ambulance», résume le conseiller d'Etat Claudio Zali.

L'autre variante prévoit de charger les véhicules sur le train le temps de rénover l'ancien tunnel routier. Celui-ci devrait être fermé durant 980 jours répartis sur trois ans et demi. Le transport des voitures se ferait par le vieux tunnel ferroviaire reliant Göschenen (UR) à Airolo (TI). Les camions emprunteraient la nouvelle ligne de base, qui sera mise en service l'an prochain entre Erstfeld (UR) et Biasca (TI).

Comme la gare de Denges

Pour cela, il faudrait aménager dans ces deux localités des quais de chargement temporaires occupant une superficie de, respectivement, 55 000 et 80 000 mètres carrés. «C'est comme si on construisait une nouvelle gare de triage de l'ampleur de Denges», compare le conseiller national Olivier Français (PLR/VD), favorable au second tube routier, dans lequel il ne voit pas de concurrence pour les nouveaux projets routiers lémaniques.

Défendue par le comité de l'Initiative des Alpes et l'Association transport et environnement (ATE), cette variante coûterait, selon l'administration, entre 1,2 et 2 milliards. «Mais c'est un investissement moins durable que la construction d'un nouveau tunnel. Après la rénovation de l'ancien, les installations de chargement devraient être démolies, les surfaces être assainies et il faudrait refaire l'exercice tous les 30 ou 40 ans», critique Doris Leuthard.

Les opposants ne sont évidemment pas de cet avis. Ils considèrent que la construction d'un second boyau routier n'est pas logique au moment où le tunnel ferroviaire de base, qui a pour ambition d'attirer vers le rail davantage de marchandises, va être mis en service. Ils sont convaincus que cela accroîtra le trafic routier sur l'axe nord-sud et accusent le Conseil fédéral de «torpiller ses propres objectifs en matière de transport». «Doris Leuthard critique les surfaces nécessaires pour les quais de chargement. Mais elle ne dit rien de celles qu'il faudra pour stocker les matériaux d'excavation du nouveau tunnel», réplique Caroline Beglinger, codirectrice de l'ATE. Le débat ne fait que commencer.