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Doris Leuthard après son point presse, ce dimanche 4 mars 2018, à Berne.
© ANTHONY ANEX / Keystone

«No Billag»

Doris Leuthard: les lauriers de la victoire, mais il y a l'affaire CarPostal

L'échec de l'initiative «No Billag» est le quatorzième succès de la conseillère fédérale en votation depuis 2006. Le moment serait idéal pour tirer sa révérence. Mais il y a l'affaire des bus jaunes...

Quatorze victoires pour seize scrutins, ou quinze sur dix-sept si l’on ajoute l’initiative populaire «Vache à lait», un dossier qu’elle a copiloté avec le Département fédéral des finances. Le bilan de Doris Leuthard est impressionnant. Et le moment serait idéal pour quitter le gouvernement, reconnaît-on dans tous les partis, le sien inclus. Seulement voilà: il y a l’affaire CarPostal. «Elle ne peut pas donner le sentiment qu’elle s’en désintéresse», glisse une source au PDC. Sans l’éclatement de ce scandale, Doris Leuthard aurait tranquillement pu annoncer ces prochains jours son intention de quitter le gouvernement, où elle siège depuis 2006, à fin juin.

Mais elle doit désormais assumer les rendez-vous que le parlement lui a fixés. Le premier ce lundi: elle doit répondre à une salve de dix questions au Conseil national. Guillaume Barazzone (PDC/GE) s’inquiète spécifiquement du déploiement de CarPostal en France. Le second la semaine prochaine: un débat urgent a été agendé dans cette même Chambre du peuple le mercredi 14 mars. Entre ces deux dates, La Poste présente jeudi 8 mars ses résultats annuels 2017. Il paraît superflu de préciser que les comptes de l’ensemble du groupe et ceux de la division CarPostal seront passés au scanner par l’ensemble du monde politique. Tout laisse à penser que cette affaire a chamboulé le calendrier qu’elle s’était fixé. Doris Leuthard a reconnu elle-même dimanche soir que ce dossier exigeait des réponses politiques.

Retrouvez notre suivi de la journée de vote du 4 mars 2018.

Les grandes réformes sont sous toit

Mais cela ne veut pas dire que Doris Leuthard ne se retirera pas dans le courant de l’année. Avec le vote de dimanche, elle a refermé un chapitre important de sa carrière. Les grandes réformes sont sous toit: le fonds ferroviaire et le fonds routier constituent les bases du financement durable des infrastructures de mobilité, le remplacement progressif du nucléaire par des ressources renouvelables est acté, la nouvelle législation radio-TV se trouve confortée par le rejet de «No Billag», la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire fixe des règles valables sur l’ensemble du pays.

Certains de ces combats l’ont obligée à livrer une dure bataille politique, en particulier la loi radio-TV et le doublement du tunnel routier du Gothard. Elle n’a jamais ménagé ses efforts pour convaincre la population du bien-fondé des projets qu’elle lui présentait. Elle s’est montrée si convaincante que certains, non sans ironie, disent qu’elle aurait pu, si elle en avait eu la responsabilité, gagner les votes sur le Gripen ou la troisième réforme de l’imposition des entreprises, deux dossiers qui dépendaient du nettement moins charismatique Ueli Maurer.

Un horizon moins chargé

Sa carrière n’est finalement entachée que par deux accrocs: l’initiative Weber contre les résidences secondaires en 2012 et l’augmentation de la vignette autoroutière à 100 francs en 2013. Elle n’a rien pu faire contre la lame de fond qui a emporté la politique immobilière des régions alpines. Et le bond important demandé aux automobilistes a échoué parce qu’ils n’y trouvaient pas leur compte, faute d’un nombre suffisant de nouveaux projets convaincants.
Certes, elle va encore ouvrir de nouveaux chantiers ces prochaines semaines, comme la loi sur les médias électroniques ou la redevance sur les véhicules électriques, deux projets qui seront mis en consultation en juin. Mais elle sait parfaitement qu’elle ne les mènera pas à leur terme.

Par ailleurs, si elle a multiplié les votations populaires depuis qu’elle a repris le Département des infrastructures – onze depuis 2012! –, son horizon est moins chargé. Deux initiatives relevant de son département seront sans doute soumises au peuple l’an prochain: la lutte contre le mitage du territoire et la promotion du vélo. Mais cela ne devrait pas exercer d’influence majeure sur sa décision. S’il subsiste un doute sur le moment de son départ, celui-ci paraît tout de même relativement proche. A bientôt 55 ans, on lui prédit une nouvelle carrière dans le privé. Toutefois, à la lumière des derniers développements de l’affaire Pierin Vincenz, la perspective de la voir accéder à la présidence du groupe Raiffeisen, évoquée par un média alémanique, semble perdre de sa consistance.

Des hommes presque sexagénaires

Le PDC ne pipe mot à ce sujet, mais il se prépare. Plusieurs noms ont déjà circulé pour sa succession: le président du parti, Gerhard Pfister (ZG, 55 ans), les conseillers aux Etats Pirmin Bischof (SO, 59 ans), Stefan Engler (GR, 57 ans), Erich Ettlin (OW, 55 ans) et Konrad Graber (LU, 59 ans). Le chancelier de la Confédération, Walter Thurnherr (AG, 54 ans), dont on a également parlé, a fait savoir à plusieurs reprises qu’il était très heureux dans sa fonction de huitième conseiller fédéral et n’ambitionnait pas de devenir l’un des sept premiers.

Et les femmes? Deux noms sont évoqués. Celui de la Haut-Valaisanne Viola Amherd, 55 ans, vice-présidente du groupe parlementaire. Son travail au parlement et en commission est unanimement salué. Simonetta Sommaruga, qui se retrouverait seule femme au gouvernement si Doris Leuthard était remplacée par un homme et si Johann Schneider-Ammann ne se décidait pas à partir en même temps qu’elle, semble l’apprécier. Mais Viola Amherd reste une personne très discrète et dispose d’un potentiel médiatique limité, ce qui est un handicap. Elle est cependant consciente qu’elle sera sollicitée ces prochains mois. L’autre femme qui pourrait figurer sur un futur ticket PDC est Elisabeth Schneider-Schneiter (BL). Agée de 54 ans, elle préside depuis peu la Commission des affaires étrangères du Conseil national et le parti fait des efforts pour la mettre en valeur. Pour l’instant, ce sont les hommes qui semblent tenir la corde. Mais ils sont tous dans la cinquantaine et certains tutoient la soixantaine.


Soulagement européen

Le sort réservé à la redevance dépassait les frontières de la Suisse. Dans plusieurs pays d’Europe, les services publics audiovisuels sont sur la sellette. En Allemagne, la radio-télévision publique ARD a immédiatement réagi au rejet de l’initiative «No Billag», c'est la seule institution à avoir pris position de manière aussi directe. «Cet engagement clair en faveur du service public est un signal important en faveur d’un journalisme de qualité et indépendant, et ce au-delà de la Suisse», a affirmé son président Ulrich Wilhelm.

Cette déclaration intervient au moment où une réduction de budget est en discussion. De profonds changements sont également annoncés en France. Mais aucune réaction officielle n’a été publiée ce dimanche. La discrétion est moins grande du côté des syndicats de France Télévisions, hostiles au projet de réforme du gouvernement. «Aucun canton n’a voté oui. C’est un soulagement pour tout l’audiovisuel public européen!» a tweeté l’organisation Force ouvrière.

L’Union européenne de radio-télévision a d’ailleurs exprimé son soulagement en fin de journée. «Cette campagne nous a donné l’occasion de réfléchir à l’avenir des médias de service public et de tirer un certain nombre d’enseignements», indique Noel Curran, directeur général de l’organisation, dans un communiqué. De quoi alimenter le débat sur la place des médias publics européens.

(Florian Delafoi)

Dossier
La controverse «No Billag»

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