Le oui très clair du peuple suisse à sa stratégie énergétique peut être considéré comme le couronnement de la carrière politique de Doris Leuthard. Membre du Conseil fédéral depuis août 2006, date à laquelle elle succéda au Fribourgeois Joseph Deiss comme unique représentante du PDC, l’Argovienne n’aura guère connu l’échec durant sa carrière. De 2006 à 2010, elle a dirigé l’Economie et remporté les cinq scrutins qu’elle a dû gérer, seule ou en collaboration avec Micheline Calmy-Rey et Eveline Widmer-Schlumpf.

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Son passage au département des infrastructures en 2010, après le départ de Moritz Leuenberger, a coïncidé avec une période d’intense activité. Elle a dû construire le financement durable de la route et du rail, sous la forme de deux fonds disposant de sources d’alimentation spécifiques. A chaque fois, le peuple l’a suivie. Elle a aussi été confrontée à la problématique de l’axe nord-sud par le Gothard. A son arrivée, l’histoire du tunnel ferroviaire de base était déjà longue. Mais c’est elle qui a récolté les lauriers de l’inauguration du plus long tunnel du monde le 1er juin 2016, en présence d’Angela Merkel et de François Hollande.

Une grande crédibilité

Plus difficile aura été la décision à prendre pour l’assainissement de la galerie routière. Il a fallu choisir entre plusieurs variantes puis convaincre que la solution retenue, soit le percement d’un deuxième tube parallèle au premier afin d’en permettre la rénovation, était la meilleure. Elle était plus chère, mais évitait la fermeture intégrale de cet axe crucial pendant plusieurs mois. La population l’a finalement suivie en disant oui à ce projet le 28 février 2016. Dans son dernier sondage, l’institut gfs.bern a d’ailleurs relevé que Doris Leuthard disposait d’une grande crédibilité.

Le succès de ce week-end est l’un des plus importants, voire le plus important. Il concrétise la décision prise en 2011 par le Conseil fédéral, alors en majorité féminin, de détourner la Suisse de l’énergie nucléaire après Fukushima. Ce n’est pas sa première victoire dans le domaine de l’énergie: en 2016, elle a combattu avec succès deux initiatives populaires écologistes: «Pour une économie verte» et «Sortir du nucléaire». Mais ces deux campagnes n’étaient pas aussi féroces que celle de ce printemps.

Deux échecs

Durant sa carrière, Doris Leuthard a ainsi remporté treize des quinze scrutins dont elle a eu la responsabilité, voire quatorze sur seize si l’on ajoute l’initiative «Vache à lait»: officiellement attribuée au Département des finances, celle-ci touchait au financement des routes. Elle n’a perdu que deux fois: l’initiative Weber sur les résidences secondaires, acceptée contre sa volonté en 2012, et la vignette autoroutière à 100 francs en 2013. Ce dernier échec restera comme son plus douloureux revers. Elle a failli connaître un troisième échec: en 2015, la nouvelle loi radio-TV n’a été acceptée que du bout des lèvres.

Nouvelle carrière dans le privé?

En place depuis onze ans, elle est entrée dans la dernière ligne droite de son parcours gouvernemental. Défendra-t-elle encore l’un de ses dossiers devant le peuple? Peut-être. Ce serait alors l’initiative populaire «No Billag». Mais ce texte est encore dans les mains du parlement et ne sera pas soumis au peuple avant l’année prochaine. Tout dépendra donc de son calendrier personnel. A Berne, nombreux sont ceux qui spéculent sur un départ de l’Argovienne avant le renouvellement général du Conseil fédéral en 2019. Présidente cette année, elle n’annoncera probablement rien avant l’année prochaine.

Elle aura 55 ans en 2018. Un âge qui permet d’envisager une nouvelle carrière dans le privé. Doris Leuthard ne manque pas de relais et sa réputation d’efficacité s’est encore renforcée ce week-end. Son profil ne peut qu’intéresser les grandes organisations ou les grands conseils d’administration. Une rumeur circule déjà: certains la verraient volontiers au World Economic Forum.


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