Nucléaire

Doris Leuthard milite contre l’initiative «Sortir du nucléaire»

La conseillère fédérale estime qu’il est impossible de remplacer 15% d’électricité en une année. L’initiative aurait pour conséquence de fermer trois centrales en 2017 et les deux dernières d’ici à 2029

On ne sera jamais prêt à temps. C’est en substance le message délivré mardi par la conseillère fédérale Doris Leuthard à propos de l’initiative populaire «Sortir du nucléaire», objet de la votation fédérale du 27 novembre. Ce texte constitutionnel entraînerait l’arrêt quasi immédiat, c’est-à-dire en 2017, des trois plus anciens réacteurs, Beznau I et II ainsi que Mühleberg. La centrale de Gösgen devrait cesser de produire de l’électricité en 2024 et celle de Leibstadt en 2029.

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Une année normale, les trois plus anciennes centrales couvrent 13,5% de la production d’électricité suisse. Comment remplacer cette part d’ici à fin 2017 si l’initiative est acceptée? «Par des importations. Et ce courant proviendrait de gaz et de charbon allemands, qui sont polluants, et de nucléaire en provenance de France», avertit Doris Leuthard. Elle se réfère à la répartition de l’énergie que la Suisse doit déjà importer en hiver, lorsque la demande des consommateurs dépasse les capacités de production suisses: 77% de l’électricité achetée en France est d’origine atomique alors que 64% de celle qui est fournie par l’Allemagne provient de centrales thermiques conventionnelles et 16% de réacteurs nucléaires.

Réseau sous pression

L’augmentation rapide et massive des importations mettrait le réseau suisse sous pression, avertit le directeur de la société nationale du réseau Swissgrid, Yves Zumwald, qui apporte son soutien à Doris Leuthard. Il y a un premier problème technique à résoudre: les lignes à très haute tension – 380 kV (kiloVolts) – disposent de capacités d’importation plus grandes que le réseau à 220 kV, de sorte qu’il faudrait commencer par équiper les sites de Beznau et de Mühleberg de transformateurs permettant de convertir l’électricité 380 kV en 220 kV. Swissgrid y travaille. «Mais, en raison des procédures d’autorisation, il n’est pas réaliste d’imaginer que ce soit prêt à fin 2017. Pour y parvenir, nous aurions besoin d’avoir les permis de construire demain matin», insiste le Fribourgeois.

Le comité de l’initiative populaire estime de son côté que le courant d’origine nucléaire pourra être compensé par des gains d’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Invité à exprimer le point de vue des cantons, le conseiller d’Etat grison Mario Cavigelli, président de la Conférence des directeurs cantonaux de l’énergie, a cependant fait le calcul: «Entre 2009 et 2015, la part des renouvelables à la production d’électricité est passée de 1,9% à 4,3%. Il n’est pas possible de grimper à 15% en l’espace d’une année», relativise-t-il.

L’arrêt anticipé des centrales aurait par ailleurs des conséquences financières importantes, car les propriétaires seraient en droit d’exiger des dédommagements. Le comité d’initiative juge légitime d’envisager des compensations en cas d’expropriation mais conteste tout droit à des indemnités pour des investissements qui ne peuvent être amortis sous prétexte que les coûts de production sont actuellement supérieurs au prix de vente de l’électricité.

Droit à des dédommagements

Egalement présente au côté de Doris Leuthard, Suzanne Thoma, directrice des BKW, propriétaire de Mühleberg et coactionnaire de Leibstadt, juge pourtant ces dédommagements légitimes. «Nous avons pris la décision de procéder à des investissements dans un cadre légal bien précis. Le changement des conditions-cadres politiques entraîne un dommage important, et cela en dépit du fait qu’il est difficile d’amortir dans les conditions actuelles», argumente-t-elle.

Doris Leuthard acquiesce: «Si les règles du jeu changent, les investissements réalisés sur la foi de la réglementation en vigueur et de l’autorisation d’exploitation de durée illimitée ouvrent la porte à des plaintes en dédommagement», considère-t-elle. Cela s’appliquerait également aux BKW, car, même si le groupe bernois a décidé de son plein gré et pour des raisons économiques de fermer Mühleberg en 2019, l’initiative anticiperait cet arrêt de deux ans.

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Elle plaide pour la Stratégie énergétique 2050, qui vise le même but mais avec un calendrier plus souple. Ce projet, adopté par le parlement en septembre mais combattu par un référendum de l’UDC et de plusieurs branches économiques, a pour objectif de remplacer progressivement les 38% d’électricité nucléaire par des agents renouvelables. Mais il ne fixe aucun «délai politique», seule la sécurité des installations déterminant leur durée d’exploitation, souligne Doris Leuthard.

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