Ce matin, la conseillère fédérale démocrate-chrétienne argovienne Doris Leuthard a accédé à la charge suprême du pays pour l’année 2010. Après Hans-Rudolf Merz, c’est elle qui prend les rênes de la présidence de la Confédération. L’Assemblée fédérale l’a élue par 158 voix sur 183 bulletins valables.

D’ores et déjà, la Tribune de Genève et 24 Heures estiment qu’elle «rendra son sourire à la Suisse». Mais elle représente aussi «un gros point d’interrogation», car «après l’annus horribilis qu’a vécue Hans-Rudolf Merz, beaucoup à Berne se demandent si la rayonnante ministre de l’Economie a l’étoffe de la patronne». C’est que les défis ne manquent pas: «Ces prochains mois, la Suisse devra expliquer au monde musulman le oui du peuple à l’interdiction des minarets. Sans parler des pressions sur le secret bancaire et la crise avec la Libye qui s’éternise.» Sur le front diplomatique, elle va donc «au-devant d’une présidence exigeante».

Et à l’interne? Son avantage: «En bonne équipière, [elle] s’entend bien avec tous ses collègues. Normal: elle se mêle très peu de leurs affaires.» Le quotidien vaudois, dans son éditorial, en conclut que malgré «son entregent, sa force de travail [et] son réseau international», elle devra en revanche «encore faire la preuve de son courage dans l’épreuve et de sa capacité à s’imposer en cheffe d’équipe. A fortiori dans un collège qui peine à jouer collectif.» Son grand sourire risque de ne pas suffire à cacher «les caries du système»: «La tâche s’annonce [donc] immense compte tenu [de ces] faiblesses». Même si «le conseiller national socialiste Jean-François Steiert est d’avis que la démocrate-chrétienne a la carrure suffisante pour une telle fonction», comme il l’a dit ce matin sur les ondes de La Première de RSR: «Elle ne pourra que faire mieux.» Sous-entendu:… que son prédécesseur.

«Elle va dépoussiérer la présidence de la Confédération», pense Le Matin, selon lequel elle sera «une excellente carte de visite pour la Suisse à l’étranger». Et «la conseillère fédérale peut compter sur son charisme auprès des électeurs». Pour le St. Galler Tagblatt, cette «charmante constance» se vérifie dans une jolie galerie de photos. «Bâtir des ponts avec du charme et de la persévérance sera sans doute très fonctionnel et très utile» à la future présidente «en ces temps de troubles». D’autant qu’«aujourd’hui, il est devenu normal pour les femmes de gouverner la Suisse»: «Comme les temps changent!» s’exclame ainsi la Neue Zürcher Zeitung. La «génération Leuthard» avance sur un pied d’égalité avec les hommes, ce que le quotidien zurichois démontre avec une brève histoire de l’accession des femmes aux postes de pouvoir en Suisse dans «Adieu, Quotenfrau».

Sur le site de la TSR, on apprend que Doris Leuthard a voulu éviter «une collision d’événements qui risquait de ternir son accession à la présidence de la Confédération, selon le Blick. La conseillère fédérale est intervenue pour que le Conseil national reporte le débat spécial sur le prix du lait […]. L’Argovienne redoutait que la fête donnée en son honneur [jeudi après-midi] ne soit perturbée par des paysans en colère.» Selon la politoliogue Regula Stämpfli, interrogée par le quotidien populaire zurichois, «la ministre de l’Economie doit maintenant annoncer la couleur. Car, outre cette charge présidentielle, il y a dans son propre ministère un dossier très sensible: la libéralisation de l’agriculture.

Pour tenter de résoudre ses problèmes avec le monde paysan suisse, l’«inébranlable» Doris Leuthard applique «une politique de compromis, ce qui est typique de la Suisse depuis des décennies. Et pourtant, elle n’appartient pas à la vieille école», selon le Bund et le Tages-Anzeiger. Et «beaucoup pensent que les politiciens espèrent que le Conseil fédéral de l’année à venir puisse bénéficier de la popularité de l’Argovienne».

Pour Swissinfo, elle n’est d’ailleurs «pas seulement fraîche et vive, elle est aussi compétente et intelligente. Et surtout, elle sait communiquer», avec «l’art de se mouvoir habilement entre des visions politiques opposées: elle défend aussi bien le rôle de la famille dans la société que les droits des homosexuels. Elle prône à la fois une politique économique libérale et l’amélioration de l’aide aux jeunes chômeurs en temps de crise.» Viel Glück, Frau Präsidentin!