«On avait l'impression, relève le socialiste fribourgeois Alain Berset, de parler plus à une conseillère fédérale déjà élue qu'à une candidate.» Unique prétendante du PDC à un siège que personne ne lui conteste, Doris Leuthard n'en a pas moins été auditionnée mercredi par les groupes parlementaires de l'UDC, du PS, du PRD et des Verts. Un exercice imposé, mais sans réel enjeu, alors que, dans de précédentes élections, le passage devant les groupes a pu se révéler déterminant pour l'avenir de tel ou tel candidat.

Poussée de fièvre médiatique

Ces auditions, notamment lors de la succession de Flavio Cotti et d'Arnold Koller, ont pu représenter un moment très fort de la course au Conseil fédéral, marqué par une poussée de fièvre médiatique. Mais mercredi, dans les couloirs du Palais fédéral, le passage de la candidate de groupe en groupe n'a fait l'objet que d'une bénigne agitation, les jeux étant largement faits. D'ores et déjà virtuellement élue au Conseil fédéral, Doris Leuthard n'a toutefois pas fait l'erreur de sous-estimer cette manière de rituel de passage et de décevoir les attentes de ses collègues. Unanimement, ces derniers reconnaissent avoir eu affaire à une candidate fort bien préparée, sur le fond comme sur la forme.

Elle avait brillamment réussi, mardi soir, une première épreuve devant le groupe agricole des Chambres fédérales. Elle qui avait, l'automne dernier devant l'assemblée de l'Union suisse des paysans, livré comme présidente du PDC une prestation assez pitoyable a montré mercredi qu'elle avait bien assimilé la matière sur les principaux enjeux de la politique agricole, PA 2011, l'OMC ou l'accord de libre-échange avec l'UE, un sujet sur lequel elle affiche une certaine ouverture, sans en sous-estimer les difficultés.

Sans éluder une question

Elle n'a pas déçu non plus mercredi le groupe parlementaire de l'UDC, premier à l'auditionner. Elle y a répondu à un «feu roulant de questions» sans en esquiver aucune, tout en campant fermement sur la ligne de son parti en ce qui concerne la politique familiale et sociale et en affirmant qu'elle n'en changerait pas. Elle s'est montrée, convient le Fribourgeois Jean-François Rime, «assez claire, s'agissant d'une démocrate-chrétienne». Le groupe socialiste, ensuite, s'est livré à un exercice identique en posant pas moins de 25 questions à Doris Leuthard. Elle a répondu, note Alain Berset, de façon précise, en politicienne rodée qui sait déjouer les pièges mais de façon assez franche. Elle a satisfait le groupe avec son opposition à la construction de nouvelles centrales nucléaires et sa position sur l'aide au développement, elle l'a déçu avec son soutien à la loi sur l'asile et son scepticisme à propos de l'adhésion à l'UE.

Le groupe radical s'est montré lui aussi satisfait de la prestation de Doris Leuthard, qui s'inscrira clairement, au Conseil fédéral, dans une ligne bourgeoise, relève Felix Gutzwiller. Les Verts, enfin, portent un regard un peu plus sceptique sur sa candidature. Si les groupes soutiennent officiellement la candidature de Doris Leuthard, ils affichent chacun un léger bémol. Lequel se traduit par une dizaine d'abstentions à l'UDC, le soutien d'une forte majorité chez les radicaux, l'absence de prescription impérative aux membres du groupe chez les socialistes.