Ce lundi 11 décembre, la ministre de la Communication Doris Leuthard est officiellement entrée en campagne pour combattre l’initiative No Billag, qui veut supprimer la perception d’une redevance radio-TV. Elle a notamment mis l’accent sur la diversité des médias et le rôle crucial qu’ils jouent dans la formation de l’opinion dans une démocratie directe telle que la Suisse. Elle a aussi craint une commercialisation du paysage audiovisuel. «Nulle part en Europe, celui-ci est laissé au seul marché.»

En fait, la conseillère fédérale avait déjà lancé la campagne en décidant – avec l’aval du Conseil fédéral – d’abaisser le montant de la redevance de 450 à 365 francs par an et par ménage dès 2019. «Un franc par jour pour un service public audiovisuel de qualité»: un prix modique, somme toute. Ce slogan devait donc servir d’argument massue pour convaincre la population de maintenir sa confiance en la SSR.

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Un slogan qui ne convainc pas

Le problème, c’est que ce slogan, pour l’instant du moins, ne frappe pas les esprits. Publié le 3 décembre par la presse dominicale, un sondage révélait un inquiétant paradoxe: la population apprécie encore les programmes de la SSR, mais elle n’est plus prête à les financer. Ce lundi, Doris Leuthard a donc surtout insisté sur le projet suisse que représente la SSR.

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«Les médias jouent un rôle clé pour la Suisse en raison de son multiculturalisme, de son plurilinguisme et de sa démocratie directe», a affirmé la conseillère fédérale. La SSR y participe par des contenus de même qualité pour toutes les régions du pays. Or, une acceptation de l’initiative menacerait ces fragiles équilibres. «Bonne chance alors aux Suisses romande, italienne et rhéto-romanche», s’est exclamée Doris Leuthard. Une formule d’encouragement teintée d’ironie qui a résonné comme un avertissement quant aux dangers que fait courir No Billag.

Alors qu’il reste trois mois avant la votation, le Conseil fédéral tente de combler les lacunes d’information quant aux vrais enjeux du scrutin. La SSR, une association privée et autonome, fonctionne à l’image du pays. Pour protéger les minorités linguistiques, elle applique une péréquation financière interne: ainsi, les Romands, qui ne contribuent que pour 23% du montant total de la redevance, en reçoivent 33%, soit 10% seulement de moins que la Suisse alémanique, qui verse pourtant 73% des moyens à disposition.

Les chaînes étrangères en embuscade

Si No Billag vise avant tout la SSR, elle risque en outre de crucifier 21 radios locales et 13 télévisions régionales qui assument comme elle un mandat de service public. Celles-ci touchent cette année 67 millions de la redevance et dépendent d’elle à 53% pour les télévisions. Léman bleu à Genève, La télé en terre vaudoise et fribourgeoise, Canal Alpha dans l’arc jurassien, Canal 9 en Valais et Télébielingue à Bienne jouent donc aussi leur avenir le 4 mars prochain.

En réalité, la disparition présumée de la SSR profiterait davantage aux chaînes de télévision des pays voisins qu’aux éditeurs suisses, a laissé sous-entendre la conseillère fédérale. Les annonceurs se tournent probablement encore davantage qu’aujourd’hui vers les offres étrangères, se retirant ainsi du marché indigène. Or, ils le font déjà beaucoup à l’heure actuelle, puisque les chaînes des pays voisins captent déjà 46% de la publicité télévisée.

L'épineuse question du plan B

Ces derniers temps, de plus en plus nombreuses sont les voix qui réclament un plan B pour la SSR, à commencer par les alémaniques surtout. «Il n’y en a pas», a assuré Doris Leuthard. «Le plan B, c’est la liquidation assez rapide de la SSR». En excluant toute aide publique, les initiants ne laissent presque aucune marge de manœuvre au parlement. Chargé de la mise en œuvre de l’initiative, celui-ci ne pourra guère se permettre de faire survivre la SSR durant quatre ou cinq ans.

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Une chose est sûre. La SSR a en Doris Leuthard son avocate la plus fervente. Jamais elle ne se démarque du discours de l’entreprise du service public audiovisuel. «Depuis dix ans, la SSR n’a plus créé la moindre chaîne de radio ou de télévision», a-t-elle souligné. C’est vrai. Mais ce qu’elle omet de rappeler, c’est que la SSR n’a cessé de développer son offre dès le moment où le Conseil fédéral et le parlement ont libéralisé le marché de l’audiovisuel dans les années 80. Elle a lancé dix stations de radio, les deuxièmes chaînes de télévision dans toutes les régions, et même une chaîne d’info en continu en Suisse alémanique.