Pour leur premier été au Conseil fédéral, Joseph Deiss et Ruth Metzler auront été mis à forte contribution et auront pris plus souvent le chemin du bureau que celui de la plage. Tous deux en charge, à des titres différents, du dossier du Kosovo, ils apparaissent presque constamment sur la brèche, avec des préoccupations particulières. Le ministre des Affaires étrangères essaie d'imposer la participation de la Suisse dans la reconstruction des Balkans sur un pied d'égalité avec les autres Etats européens. A la ministre de la Justice il incombe de convaincre aujourd'hui les pays voisins de collaborer au retour des réfugiés, après avoir tenté d'obtenir un partage du fardeau de l'accueil. Cette semaine, Joseph Deiss se rend ainsi lundi au Kosovo pour une brève visite d'un jour, avant de gagner Sarajevo jeudi, pour assister à la réunion du Pacte de stabilité dans les Balkans. Quant à Ruth Metzler, elle ira à Rome mardi en relation avec la politique d'asile.

Le ministre des Affaires étrangères s'est déjà rendu en Albanie et en Macédoine. C'est la première fois aujourd'hui qu'il mettra le pied sur le sol du Kosovo, où il arrivera dans un climat particulièrement tendu après le massacre de quatorze Serbes. Joseph Deiss souhaite se rendre compte sur place de la situation et nouer des contacts avec divers milieux. Il doit avoir des entretiens avec Bernard Kouchner, l'administrateur civil de l'ONU, ainsi qu'avec des représentants des communautés albanaise et serbe de la province. Il profitera également de son passage pour rencontrer des Suisses présents aux Kosovo, médecins, policiers ou représentants de la Direction du développement et de la coopération (DDC). La visite d'un projet du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe pour accueillir les réfugiés qui rentrent chez eux est également au programme.

Vendredi à Sarajevo aura lieu la réunion du Pacte de stabilité dans les Balkans. Cette réunion de chefs d'Etat et de gouvernement d'une trentaine de pays revêt une importance particulière pour la Suisse, dans la mesure où elle ne ménage pas ses efforts pour faire partie de plein droit d'une organisation dans laquelle elle ne dispose encore que d'un strapontin. Observatrice avec droit de parole, la Suisse a proposé officiellement lundi dernier à Bruxelles, à l'occasion de la Conférence européenne, d'organiser celle des trois tables rondes agendées qui correspond le mieux à ses moyens et à sa vocation, sur la démocratie et les droits de l'homme. Joseph Deiss a obtenu à Bruxelles le soutien du coordinateur du Pacte, Bodo Hombach. Il est cependant très peu probable que la situation de la Suisse soit clarifiée vendredi à Sarajevo, au cours d'une rencontre avant tout symbolique, dans un endroit qui ne l'est pas moins. Si Berne parvient ultérieurement à concrétiser ses ambitions dans la stabilisation des Balkans, le nouveau ministre des Affaires étrangères pourrait engranger son premier succès personnel, quelques mois après son entrée en fonctions.

L'Italie sur ses gardes

Avec les Italiens, le thème majeur des discussions est depuis des mois la prise en charge des réfugiés du Kosovo. Il a toutefois pris un tour nouveau au cours des dernières semaines. Ruth Metzler discutera mardi avec ses interlocuteurs romains du retour des réfugiés du Kosovo dans leur pays à travers l'Italie.

On sait que les capacités aériennes sont totalement insuffisantes pour transporter les réfugiés kosovars qui souhaitent regagner leur pays. La seule voie terrestre disponible passe par l'Italie et l'Albanie, ce qui n'est pas sans poser de nombreux problèmes. Etat en déliquescence, l'Albanie n'est pas en mesure d'assurer la sécurité des réfugiés lors de leur transit. Quant à l'Italie, elle aurait des exigences particulières. Selon la dernière édition de la SonntagsZeitung, Rome souhaite contrôler étroitement le voyage des réfugiés, pour éviter qu'ils ne s'égaillent sur son territoire en cours de route. Là aussi les discussions prendront du temps et le dossier ne devrait guère être bouclé avant le mois de septembre.