De froides exécutions commises par un être cruel, homophobe, méthodique et égoïste? Des homicides perpétrés dans un chaos total par un homme clochardisé, poussé à se prostituer, humilié, submergé par le dégoût et la colère? Deux visions se sont affrontées mercredi au procès du ressortissant roumain accusé d’avoir assassiné un couple de retraités à leur domicile genevois. La procureure Anne Laure-Huber a requis la prison à vie contre celui «qui a infligé le comble de l’horreur à ses victimes». A la défense, Me Yaël Hayat a plaidé l’émotion violente, l’enchaînement des actes, l’impact d’une alcoolisation massive et «une peine plus raisonnable».

«Il ne faut pas faire de la victime l’abbé Pierre du parc Geisendorf», s’est emportée Me Hayat après avoir entendu le Ministère public et les parties plaignantes dépeindre un sexagénaire bon et si généreux avec de jeunes hommes prêts à se faire prodiguer une fellation. «On était dans l’exploitation totale. Il amenait tous les jours des prostitués maghrébins ou roumains dans le lit conjugal, il les payait une misère et ne leur disait rien de sa séropositivité.»

Sauvagerie inouïe

Aux yeux du Ministère public, l’acte sexuel mal assumé ou le sentiment d’humiliation vécu par le prévenu n’expliquent et ne justifient aucunement une telle sauvagerie. Dans la thèse du parquet, c’est le désaccord financier qui est à l’origine de ce déchaînement de violence. Vlad, de son prénom fictif, a lui-même déclaré que la victime ne voulait pas lui payer les 50 francs promis car il n’avait pas pu avoir d’érection. Le prévenu s’est ensuite acharné sur l’épouse, rentrée chez elle peu après le crime, pour éliminer le seul témoin de la scène. «Elle a été achevée dans des circonstances atroces car elle était une menace concrète et devait se taire à jamais», a ajouté Anne-Laure Huber.

Toutes les caractéristiques du double assassinat sont réunies, ont soutenu parquet et parties plaignantes. Le mobile des crimes était futile et la manière particulièrement brutale. «Ils sont morts à petit feu», a martelé Me Vincent Spira. Le taux d’alcoolémie et ses effets sur les actes sont trop vagues pour retenir une diminution de responsabilité, estime la procureure.

Cette dernière a encore souligné le comportement glacial du prévenu après les faits, la fouille macabre et minutieuse de l’appartement, le vol des bijoux et de la bague portée par la sexagénaire, les corps retournés, les cigarettes fumées tranquillement. «C’est cette scène-là qui fait frissonner. Elle ne peut avoir été jouée que par un assassin.» Sans oublier, dira encore Anne-Laure Huber, que le Roumain est allé boire du champagne avec ses compatriotes après son crime.

Réduit à rien

Pour le Ministère public, une peine privative de liberté à vie se justifie pleinement: «Ce cas se situe tout en haut de l’échelle de gravité et il faut que la réponse de la justice soit à la hauteur de ce crime exceptionnel.» La défense a rétorqué en appelant les juges à réserver la perpétuité «à ceux qui préméditent, ceux qui n’assument rien et ne regrettent rien».

Ce n’est pas le cas de Vlad, a exposé avec conviction Me Hayat. Le Roumain, pour se sortir de la précarité la plus absolue, était prêt à envisager l’homosexualité et la prostitution. «Un acte contre lui-même», comme l’ont dit les experts. Lorsque tout son corps s’y est refusé, il a été traité d’impuissant par la victime. «Il se sentait déjà vide, froid, clochardisé. Là, il s’est trouvé réduit à rien.» C’est dans cette perturbation émotionnelle, soutient la défense, qu’il faut chercher les causes du drame et non pas dans «l’explication simpliste» de l’argent. Un état qui s’est encore aggravé lorsqu’il s’en est pris à l’épouse avec une violence décuplée.

«J’ai commis des actes monstrueux», a déclaré Vlad à l’issue des débats. Le Tribunal criminel dira vendredi ce qu’il en pense.

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