«Une tempête dans un verre d'eau.» L'expression existe en hébreu comme en français, et c'est dans les deux langues qu'on l'utilisait hier pour apaiser la soudaine tension apparue entre Israël et la Suisse après des déclarations faites par la cheffe du Bureau suisse de liaison auprès de l'Autorité palestinienne.

Annick Tonti faisait part, lors d'une interview, du sentiment que, dans la région, on pensait moins à la paix depuis plusieurs mois, et notamment depuis l'élection d'Ariel Sharon au poste de premier ministre, le 6 février dernier. Annick Tonti a un statut de diplomate. Et ses déclarations ont fait bondir les responsables de l'administration israélienne, jugeant qu'elles constituaient une ingérence dans les affaires intérieures du pays.

Alors qu'Israël est plongé dans une transition politique complexe, ses diplomates semblent, de fait, particulièrement à l'affût de tout possible manquement au devoir de réserve des diplomaties étrangères. «Ariel Sharon devra être jugé sur ses actes et non sur sa réputation ou son image», ne cessent de répéter les émissaires qu'a envoyés tous azimuts le premier ministre élu pour tenter de redresser cette image.

La tempête aurait pu prendre fin lorsque Berne clarifiait immédiatement, comme il est d'usage, qu'Annick Tonti avait parlé «à titre purement privé» et que ses propos «n'engageaient pas le gouvernement». La formule correspond à ce que souhaitent entendre les Israéliens, elle suffit largement.

Dans la foulée, cependant, surgissait un deuxième «malentendu» qui, cette fois, a fait frémir la diplomatie suisse. Un porte-parole du Ministère israélien des affaires étrangères rappelait en effet que le Bureau suisse de représentation «dans sa forme actuelle à Jérusalem-Est» est «contraire aux Accords d'Oslo». Alors que le statut de la Ville Sainte est encore disputé, les Israéliens avaient insisté à l'époque de la conclusion de ces accords pour qu'il n'y ait pas d'activité diplomatique palestinienne avant que soit trouvé un accord définitif.

En un mot, l'Etat hébreu ne veut pas que, pendant que durent les négociations, Jérusalem-Est glisse de facto vers le statut de capitale de l'Etat palestinien. Mais les Israéliens tolèrent depuis des années des entorses à ce principe, dont la plus flagrante est l'existence de la Maison d'Orient, véritable «ambassade palestinienne» dans la partie arabe de Jérusalem.

Hier, face à certaines rumeurs qui allaient jusqu'à annoncer la fermeture du Bureau suisse, les diplomates israéliens s'employaient donc à souligner qu'ils n'avaient fait que «répéter ce principe». Aucune «initiative nouvelle» n'est en cours pour revoir «la forme actuelle» de la représentation suisse, ajoutaient-ils.

Après avoir connu de sérieux troubles liés à la question des fonds juifs en déshérence, les relations entre les deux pays sont excellentes, rappelle-t-on. Et personne ne souhaite que cela change.