Cette fois-ci sera-t-elle la bonne? La libérale Eliane Rey a été désignée à l'unanimité par son parti pour la course à la municipalité de Lausanne, en octobre prochain. Elle aura un double défi à relever. Les libéraux comptent sur elle pour retrouver un siège à la municipalité, eux qui en ont été chassés il y a déjà six ans. Mais c'est aussi tout le centre droit, uni pour cette fois, qui mise sur elle pour renverser la majorité rose-rouge-verte au pouvoir depuis dix ans.

Il y a quatre ans, Eliane Rey avait déjà tenté le coup. Mais elle n'aime pas qu'on parle d'échec: «J'étais peu connue, et j'ai fait un résultat étonnant.» Depuis, elle a présidé le Conseil communal, le parti lausannois, a été élue au Grand Conseil. Le contexte politique aussi est différent. Pour la première fois, la droite croit qu'il est possible de gagner. L'élection complémentaire de l'an dernier, qui a vu le radical Olivier Français l'emporter sur le candidat socialiste, lui donne des ailes.

La libérale figurera sur une liste d'entente à cinq. Elle devra faire sa place aux côtés des trois radicaux sortants, Doris Cohen-Dumani, Francis Thévoz et Olivier Français. La cinquième personne sera désignée communément par le PDC et l'UDC, deux petites formations qui ont disparu de la scène politique en 1997 pour avoir voulu se lancer séparément et qui tentent de reconstituer «la voie du centre». Le nom du démocrate-chrétien Georges Glatz est souvent articulé comme papable.

Eliane Rey est née en Valais le 22 juillet 1953. Elle a eu un père socialiste et syndicaliste, ainsi qu'une grande sœur, qui elle aussi a fait de la politique sa vie: c'est Micheline Calmy-Rey, la patronne socialiste des finances du canton de Genève. «Micheline a toujours eu une forte personnalité, toujours été une meneuse, elle a quitté la maison quand j'avais 10 ans.» La petite sœur, elle, a un caractère qui la pousse à être «la première de classe». Elle fait ses écoles à Saint-Maurice et à Sion, chez les sœurs, une éducation qui lui a toujours convenu. En politique, Eliane Rey a choisi le camp de la droite, «par goût de la liberté, par rejet de l'idéologie», après une rencontre avec un groupe de jeunes libéraux lausannois. «Notre famille pratique la tolérance et on ne m'a jamais reproché ce choix. Si je fais de la politique, c'est que celle-ci est au cœur de la vie des gens.»

La candidate a le goût des chiffres et les questions financières ne lui ont jamais fait peur. Elle a fait une licence en économie, puis un parcours professionnel atypique, à l'image de sa personnalité. Toute jeune, elle effectue pour le groupe André des missions commerciales en Argentine et aux Etats-Unis. Aujourd'hui, l'appel du large la mène régulièrement dans les démocraties balbutiantes, où elle surveille les élections dans le cadre des missions suisses de maintien de la paix. Elle a travaillé aussi au secrétariat municipal de Lausanne, avant de se mettre à son compte. Il y a treize ans, Eliane Rey a fondé «Pleincœur SA»: conseil relationnel, études de caractère et analyses graphologiques, une agence matrimoniale dont elle est la seule collaboratrice. «J'avais connu des problèmes affectifs et je recherchais un travail dans les relations humaines.» Eliane Rey est une bosseuse, est incollable sur ses dossiers. Elle travaille le week-end, mais dans le fond elle aime ça. Elle est souriante, diserte, parfois intempestive et plutôt agitée, ce qui témoigne peut-être d'une certaine fragilité.

Quelle place pour la droite?

A Lausanne, la gauche reproche à la droite de ne pas avoir d'autre programme que de piquer la place. Une critique que l'on risque d'entendre quelque temps encore. La libérale affirme que «nous devons convaincre les Lausannois en leur proposant notre vision de la ville», mais elle ne tient pas à en dire plus, s'abritant déjà derrière une forme de collégialité: le programme commun de l'alliance bourgeoise est en cours d'élaboration.

Politiquement, on connaît surtout Eliane Rey pour ses interventions financières. Elle critique la gestion du Département de formation et jeunesse (DFJ), propose un manuel pour l'analyse des investissements communaux. Si ces interventions l'ont fait passer parfois pour une donneuse de leçons, elle s'intéresse aussi à d'autres choses. Elle a combattu vigoureusement l'usine d'incinération Tridel, un dossier qui ne manquera pas de ranimer les tensions au sein de la droite: le projet est désormais porté par le radical Olivier Français et le vote cantonal risque d'avoir lieu quelques semaines à peine avant les élections municipales. Eliane Rey est aussi montée au créneau pour la défense des Abattoirs de la ville. Par cette intervention, d'inspiration plus «municipale» que libérale, la candidate aurait-elle voulu montrer qu'elle a déjà intégré la fonction à laquelle elle aspire?