En appelant à rejeter l’initiative de l’UDC pour «l’élection du Conseil fédéral par le peuple», le gouvernement, qui a publié mercredi son message à l’intention du parlement, donne des arguments à la droite conservatrice. A un mois de la votation sur une autre initiative de la droite nationaliste, «Accords internationaux: la parole au peuple», voilà désormais deux textes qui militent pour une extension des droits populaires et qui sont rejetés par les autorités. Même si le Conseil fédéral argumente que cette réforme déstabiliserait les institutions, l’UDC, qui se profile comme le seul «avocat du peuple», se sent renforcée dans son rôle.

Selon le parti de Christoph Blocher, on assisterait à une multiplication des attaques de la part des «élites» contre les droits du peuple. Et Martin Baltisser, secrétaire général de l’UDC, de citer les projets d’extension des motifs d’invalidation des initiatives pour garantir le respect des droits fondamentaux, l’examen matériel préalable par la chancellerie ou encore l’idée d’une juridiction chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. «La défense de la démocratie directe sera, avec la question de l’UE, un des thèmes clés de la législature. L’UDC a fait du renforcement des droits du peuple l’un de ses principes fondamentaux», rappelle Martin Baltisser.

«Le peuple contre les élites» a toujours constitué la ligne de force des partis populistes, qui défendent une démocratie plébiscitaire, un système où un gouvernement fort dirigerait le pays en tête-à-tête avec le peuple, minimisant le rôle du parlement. Bien que premier parti de Suisse, l’UDC ne parvient pas à imposer ses thèmes contre l’Europe ou l’immigration ni à faire élire les candidats de son choix. En dénonçant les intrigues et les machinations qui marqueraient l’élection du Conseil fédéral par l’Assemblée fédérale, l’UDC marque sa spécificité.

Et ajoute même un argument inattendu: la meilleure preuve que l’UDC ne défend pas ses propres intérêts mais ceux du peuple, c’est que les élections au système majoritaire ne lui profitent pas. A Zurich, Saint-Gall, Bâle-Campagne, en Valais, partout les leaders de l’UDC ont échoué aux élections pour le Conseil des Etats. Même chose pour les élections aux gouvernements cantonaux, comme récemment dans le canton de Vaud: les candidats les plus polarisants ne parviennent pas à rassembler derrière eux les électeurs du centre droit. De toute manière, ajoute Martin Baltisser, «même avec l’élection du gouvernement par l’Assemblée fédérale notre siège n’est pas garanti».

Sur le fond, les arguments contenus dans le message du Conseil fédéral n’apportent rien de vraiment nouveau: équilibre perturbé entre gouvernement et parlement, menace pour la stabilité des institutions, remise en cause de l’équilibre confédéral. Le gouvernement avait déjà fait valoir son opposition en janvier de cette année.

Lancé dans la colère après l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral et la mauvaise élection d’Ueli Maurer, le texte a été déposé en juillet 2011 avec 110 000 signatures. Il demande l’élection des sept conseillers fédéraux au scrutin majoritaire à deux tours, la Suisse constituant une seule circonscription. Pour garantir une représentation des Latins, deux sièges seraient réservés aux deux meilleurs élus des régions francophones, italophones et romanches, selon un système complexe éprouvé dans le canton de Berne.

Venue présenter le message du Conseil fédéral mercredi, la ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga, admet que la coïncidence entre la votation du 17 juin sur la ratification par le peuple de traités internationaux importants et la publication du message sur l’élection du Conseil fédéral risque de renforcer le sentiment que les autorités craignent la sanction populaire. «Davantage de votations, ce n’est pas forcément davantage de démocratie. C’est une question de qualité. Les citoyens élisent le parlement et votent sur les questions essentielles», plaide-t-elle.

Le Conseil fédéral craint surtout d’entrer dans une campagne permanente, l’action des conseillers fédéraux étant influencée par leur impact sur les sondages. L’argent jouerait un rôle déterminant et donc renforcerait le poids des partis nationaux dans l’action du gouvernement. La collégialité en serait affectée. Enfin et surtout, c’en serait fini du subtil équilibre au sein du gouvernement entre sexes, régions, partis, que seul le parlement peut maîtriser. Grâce à cela, les Latins ont eu parfois jusqu’à trois conseillers fédéraux, durant 48 ans, alors que le Tessin a eu un conseiller fédéral durant 78 ans.

«Même avec l’élection du gouvernement par l’Assemblée fédérale notre siège n’est pas garanti»