Depuis l'approbation de l'Initiative des Alpes en 1994, les associations routières et divers politiciens de droite sont plusieurs fois revenus à la charge pour réclamer un nouveau vote sur cet article constitutionnel qui empêche d'accroître les capacités routières transalpines. Au centre de leurs préoccupations: le doublement du tunnel du Gothard. Tous ces efforts sont restés vains, car à chaque fois, le Parlement a refusé d'entrer en matière.

Le recours à l'initiative populaire n'a pas eu plus de succès. Ainsi, le bouquet des quatre initiatives routières lancé l'an dernier par le Parti de la liberté a échoué. Le conseiller national Michael Dreher a annoncé jeudi sur les ondes de la Radio alémanique qu'il leur manquait 20 000 signatures alors que le délai échoit dans une semaine. L'un de ces quatre textes demandait précisément le percement d'une seconde galerie au Gothard, les autres portant sur l'élargissement de l'autoroute A1 (Lausanne-Genève et Berne-Zurich) ainsi que sur la suppression du droit de recours des associations.

Nouvelle offensive

Les accidents survenus dans les tunnels du Mont-Blanc et des Tauern ont cependant incité les partisans du doublement du Gothard à revenir à la charge. Lors de la session de juin, le conseiller national UDC Ulrich Giezendanner, transporteur de son état, a déposé une initiative parlementaire qui réclame ce second tube. Il explique que les deux tragédies «ont montré que les tunnels à trafic bidirectionnel ne sont plus contrôlables en cas d'avarie» et que «la sécurité est augmentée par la séparation des voies de circulation».

En raison, sans doute, de l'émotion suscitée en Suisse par ces deux accidents, son appel semble recueillir un écho supérieur aux démarches antérieures: il a en effet été signé par 96 autres conseillers nationaux. De quoi semer l'inquiétude à l'autre bout de l'échiquier politique. «La construction d'un deuxième tunnel ne résout pas les problèmes», s'offusque Denys Roulin, coordinateur romand du Comité de l'Initiative des Alpes.

Jeudi à Berne, ce comité a contré les revendications des milieux routiers en présentant ses propres propositions. La principale consiste à aménager une «autoroute ferroviaire» au Gothard. En clair, il s'agit de redonner vie aux anciennes gares de transbordement de Göschenen et d'Airolo afin d'y charger les poids lourds sur le train et de leur faire franchir le massif montagneux par le tunnel ferroviaire de faîte.

Cette proposition souffre cependant d'un double point faible. Premièrement, elle coûte cher, car il faut adapter le gabarit du tunnel si l'on veut y faire passer des camions de 4 mètres de haut (seuls des véhicules de 3 m 85 peuvent actuellement être ferroutés à travers le

Gothard). Deuxièmement, la Confédération n'a décidé d'entreprendre de tels travaux qu'au Lötschberg, car elle considère que le chargement de camions entiers n'est pas une solution d'avenir. Pour être compétitif, ce mode de transport est très gourmand en subventions. Par ailleurs, il sera abandonné au profit du chargement de containers lorsque les deux nouveaux tunnels de base seront ouverts.

L'Association transport et environnement, elle aussi opposée au percement d'un deuxième tube routier au Gothard, a de son côté élaboré un catalogue de dix propositions destinées à améliorer la sécurité dans les tunnels. Elle exige par exemple la pose obligatoire d'extincteurs sur les camions ainsi que sur les moteurs et les châssis, le renforcement des contrôles, l'augmentation des distances minimales, etc. Ces propositions interviennent quelques jours avant que l'Office fédéral des routes ne prenne connaissance des résultats des contrôles effectués dans les tunnels suisses après la double catastrophe du Mont-Blanc et des Tauern et ne présente ses conclusions dans le but d'accroître la sécurité.