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Affiches électorales à Montbenoît, dans le Haut-Doubs, où le score du Front national a atteint 27,18%.
© Céline Zünd

Les frontistes d’à-côté 5/6

Dans le Doubs «privilégié», incompréhension face à la percée du FN

Tandis que les électeurs de Marine Le Pen se font discrets, leurs voisins s’interrogent 
sur la percée de l’extrême droite dans leur département. On invoque le clivage entre employés locaux et frontaliers

Quelques dizaines de personnes ont bravé la pluie, ce matin de mai, pour se rassembler devant l’hôtel de ville de Pontarlier, à l’initiative du maire d’un village voisin. «Contrairement à 2002, un succès de Marine Le Pen au second tour n’est pas impossible», déclare l’élu, appelant à voter Emmanuel Macron ce dimanche, «au nom d’un front républicain contre la montée du FN». Applaudissements. C’est ce moment que choisit un badaud pour crier: «Jamais je ne voterai Macron!» avant de filer, les poings dans les poches.

Céline hoche la tête: «Je ne comprends pas. Ici, nous sommes privilégiés, nous sommes si nombreux à travailler en Suisse. Que ferions-nous si les frontières se fermaient?» Son mari, logisticien, travaille dans le canton de Neuchâtel. Depuis les accords de libre circulation de 2002, le nombre de Francs-Comtois salariés en Suisse, principalement dans les cantons de Vaud, Neuchâtel et Jura, a plus que doublé pour atteindre 33 900 personnes fin 2015 (Insee).
Face aux résultats engrangés par le parti de Marine Le Pen au premier tour de l’élection le 23 avril – 23,4% contre 21,3% au niveau national – l’inquiétude règne dans cette région d’ordinaire si paisible. Sur cette bande de terre qui longe la frontière suisse sur 170 kilomètres au pied du massif du Jura, les villages assoupis se suivent et se ressemblent, avec leurs clochers et leurs mairies carrées.

Fracture sociale

Alors on cherche des explications à cette percée de l’extrême droite, qui s’était déjà annoncée lors de l’élection législative partielle de 2015, lorsque le socialiste Frédéric Barbier l’avait emporté de justesse au second tour, face à la candidate du FN Sophie Montel. «C’est un vote contestataire, avance Morgan, commercial employé en Suisse, le résultat des affaires juridico-politiques qui ont entaché la campagne.» Pour le représentant du mouvement d’Emmanuel Macron dans la région de Pontarlier, Antoine Marceau, «des frontaliers votent FN car ils veulent protéger leurs acquis. Ils pensent qu’ils pourront empêcher la vague de Français qui viennent de tout le pays s’installer ici pour travailler en Suisse.» Quant à François, enseignant, il évoque «la peur de l’immigration, dans des bourgades qui n’ont jamais vu d’étranger».

Nicolas, trentenaire, y voit quant à lui le résultat d’une fracture sociale entre employés locaux et frontaliers: «Ceux qui sont salariés en Suisse ont des revenus beaucoup plus élevés et tirent les prix des loyers, de l’immobilier et de l’alimentaire vers le haut. Nous qui restons ici, on voit nos acquis baisser, nos primes se réduisent comme peau de chagrin. Alors, maintenant que le FN s’est donné avec Marine Le Pen un visage plus acceptable, les gens n’hésitent plus à voter pour ce parti, par dépit.» Le jeune homme, qui fabrique la poudre de cacao à l’usine Nestlé, a voté pour le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon au premier tour. De Pontarlier à Maîche, ils sont nombreux à s’interroger sur la montée de l’extrême droite. Mais les électeurs de Marine Le Pen, eux, se font discrets. Dans les cafés, au restaurant, sur les places, l’évocation du nom de la candidate suscite haussements d’épaules, silences et regards fuyants.

«Racisme latent»

A Morteau, au restaurant Le Chaudron, les conversations se teintent d’accent neuchâtelois et vaudois. «Près de 70% de ma clientèle est Suisse. Les habitants du coin, eux, ils vont rarement au restaurant», souligne Mounia Abrantes. La tenancière fait part d’un «sentiment d’oubli» des petits patrons et artisans de la région, qui «ont l’impression de se saigner et de ne rien recevoir en retour. Je travaille six jours sur sept, me lève à 5 heures, termine le service du soir à 23 heures et je paye 15 000 euros de charges tous les trois mois. Et que révèle cette campagne? Les politiciens s’enrichissent avec des emplois fictifs et utilisent l’argent du contribuable pour des costards de luxe.»

Mais pour rien au monde elle ne glisserait dans l’urne un bulletin en faveur de Marine Le Pen. A ses yeux, c’est le «racisme latent» de ces contrées montagneuses qui a fait le succès du FN. Un phénomène que la Française d’origine marocaine a éprouvé depuis son arrivée dans la région, sept ans auparavant. Par des insultes, proférées tout bas au moment de payer la note. Ou encore cette phrase: «J’aime pas les Noirs», écrite sur son menu affiché à l’entrée du restaurant. «Je ne compte plus les fois où on m’a traitée de bougnoule», dit-elle.

Au cours des premiers mois, elle a voulu repartir, souvent, dans sa Haute-Saône natale. Jusqu’à ce qu’elle commence à livrer des plats à domicile, dans ce village de 7000 âmes. Au départ, c’était pour répondre à la demande d’une vieille dame, cliente fidèle du restaurant. Forcée de rester alitée à la suite d’une opération, l’habituée avait prié la restauratrice de livrer ses menus favoris à la maison. «La même semaine, j’ai reçu un, deux, puis dix appels de personnes âgées, qui me réclamaient le même service.» Aujourd’hui, Le Chaudron distribue chaque matin 60 repas dans le village. «Ceux qui m’insultaient se sont rendu compte que je venais au chevet de leurs parents malades et que je n’hésitais pas à descendre la poubelle en passant, s’ils en avaient besoin. Les insultes ont diminué. Mes petits papis et mamies m’ont permis d’imposer le respect dans leurs familles.»

Dossier
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