Les responsables du nouveau Musée d'archéologie à Hauterive ont eu chaud. Lors d'un test incendie, les lames de bois qui habilleront le bâtiment de béton se sont révélé être… un bon combustible. Or depuis le sinistre qui a ravagé en février un locatif récent également revêtu de bois dans le quartier veveysan de Gilamont, les spécialistes du feu jettent un regard suspicieux sur tous les bardages de ce type.

Dans le cas du musée neuchâtelois, le risque qu'un incendie de façade attaque la coque même du bâtiment est pratiquement nul. «Le problème réside plutôt dans l'explosion éventuelle des fenêtres et l'intervention des pompiers qui pourrait se solder par d'importants dégâts aux collections exposées», explique Philippe Donner, président de la commission de construction. Un tel scénario catastrophe serait d'autant plus malvenu qu'en 1995, le décret accordant un crédit cantonal de 26,6 millions pour la construction du nouveau musée visait précisément une meilleure sécurité: «Si le feu s'allumait, le bâtiment (actuel, n.d.l.r.) brûlerait en quelques minutes. L'eau se chargerait d'anéantir des collections irremplaçables.»

Résistance de 90 minutes

Autant dire qu'à Hauterive, le risque d'incendie résiduel a été pris très au sérieux et qu'une parade a déjà été trouvée: des plaques d'Eternit résistant au feu pendant 90 minutes seront intercalées entre le bois et le mur. Cette protection supplémentaire, estimée entre 75 000 et 100 000 francs, ne devrait pas retarder les travaux (le musée sera remis aux archéologues au printemps prochain pour l'installation des collections) ni alourdir la facture finale. «Nous visons toujours une bonification d'environ un million par rapport au devis global de 32 millions», dit Philippe Donner.

Hormis cet incident, les travaux avancent normalement, et une visite du bâtiment, où les salles intérieures sont aujourd'hui en voie d'achèvement, permet de se faire une idée de ce qui attend le public à partir du printemps 2001. Autant le dire tout de suite, le traitement de l'espace et surtout les échappées qu'il offre sur l'environnement extérieur s'annoncent comme une réussite majeure.

Tout a été soigné par les architectes Laurent Chenu, Philippe Vasserot, Pierre Jéquier, Bruce Dunning et Peter Versteegh pour qu'on ne se sente pas «dans» un musée, mais véritablement au cœur de l'histoire et de la préhistoire. «Plus encore qu'au lac des Quatre-Cantons, ne sommes-nous pas ici en pleine Suisse des origines?», lance le directeur Michel Egloff en balayant l'horizon d'un geste large. Le parcours commence par un plan incliné, comme une lente descente vers la civilisation de La Tène. Une première ouverture donne en plein sur le Mont Vully – «notre Bibracte», observe Michel Egloff.

L'extrémité sud du bâtiment réserve la plus belle surprise: l'eau de l'étang piscicole voisin pénètre jusqu'à l'intérieur des murs, et le regard embrasse aussi bien ce bassin artificiel – situé au niveau qu'atteignait le lac avant la première correction des eaux du Jura – qu'un champ de pilotis provenant d'un village néolithique fondé en 3810 av. J.-C. et, en arrière-plan, le lac de Neuchâtel quatre mètres en contrebas. L'effet d'ensemble est saisissant.

Même du côté montagne, moins attirant de prime abord, des ouvertures visuelles ont été ménagées sur un paysage de forêts qui a peu changé depuis plus de vingt siècles. Cette symbiose entre les très riches collections du musée (qui ont décuplé ce dernier quart de siècle, grâce aux chantiers autoroutiers) et les lieux tout proches qui ont livré ces trésors s'annonce comme un atout formidable du musée, dont une pièce majeure sera sans doute le menhir anthropomorphe de Bevaix, un colosse de pierre vieux de 6000 ou 7000 ans trouvé à Bevaix pas plus tard que l'an dernier. Les découvertes continuent, puisqu'il y a quinze jours, heureuse surprise, un campement lacustre datant de 3500 ans avant Jésus-Christ et bien préservé a été mis au jour sur le chantier de la station inférieure du futur funiculaire reliant la gare de Neuchâtel au lac.

La surface d'exposition du nouveau musée occupera 2500 mètres carrés, auxquels il faut ajouter le Parc de la découverte extérieur déjà ouvert au public depuis 1996. On peut notamment y voir la réplique fidèle d'un chaland gallo-romain, la reconstitution du pont celtique traversant la Thielle à Cornaux et quelques-uns des 6000 objets en bronze et 12 tonnes de céramique recensée sur ces deux hectares de 1986 à 1989. Le «Laténium», comme le nouveau musée et le parc, a été baptisé avec plus ou moins de bonheur, table sur 35 000 visiteurs par an dès 2001. On peut sans trop s'avancer lui en prédire le double ou le triple.