Le Ministère public a demandé au Tribunal correctionnel de Lausanne d'infliger la plus lourde peine possible au père indigne accusé d'avoir soumis sa fille de 16 ans à une double tyrannie domestique et sexuelle. Il a requis douze ans de réclusion, assortis de l'expulsion à vie, pour viol, contrainte sexuelle et inceste, avec la circonstance aggravante de la cruauté (Le Temps de jeudi).

«Vous avez créé l'enfer et vous y avez trôné», a lancé à l'accusé le procureur substitut, Antoine Landry. Il a décrit le saisonnier portugais comme un despote brutal, ayant méthodiquement construit la cage dans laquelle sa fille Maria (prénom fictif), transformée en simple objet de plaisir égoïste, n'avait pas d'autre choix que de se laisser enfermer. Que la violence employée ait été psychique et non physique ne change rien à l'affaire. L'avocate de la jeune femme avait décrit le père comme un «monstre», incapable de comprendre le mal qu'il a commis.

La défense a tenté de trouver quelques points de lumière dans ce tableau sordide. Pour indigne qu'il soit, le père n'a pas commis d'acte de violence, a argumenté Me Jean Lob. Ses lettres pornographiques à sa fille n'étaient pas sans amour, il a pu avoir le sentiment que celle-ci était consentante. Il est certes probable que cette soumission soit le résultat d'une éducation viciée au Portugal. «Mais, a-t-il lancé aux juges, malgré l'horreur que peut vous inspirer ce cas, vous ne devez juger que les faits survenus en Suisse. Or ceux-ci ne permettent pas de conclure au viol, ni à la cruauté. Il reste un inceste librement consenti entre un homme et sa fille de plus de 16 ans.» Estimant que la responsabilité de l'accusé, dont la propre enfance a été très malheureuse, est moyennement diminuée, il a plaidé pour une peine ne dépassant pas les 18 mois déjà passés en prison. Jugement lundi.