Les djihadistes suisses restent dans le collimateur des autorités fédérales. Abou Souleyman al Suissery, parti d’Orbe (VD) en octobre 2013, est aux dernières nouvelles toujours en Syrie, aux côtés de l’Etat islamique. Il a récemment été rejoint par d’autres résidents suisses, dont un Genevois, qui se définissait comme le responsable du «gouvernorat de Genève» de Lies!, groupe salafiste actif dans la distribution gratuite de Corans. Selon les informations du Temps, l’homme, d’origine maghrébine, a la vingtaine. Il affichait sur son compte Facebook le qualificatif «as-Swissry» et le drapeau utilisé par l’Etat islamique, et connaît Abou Souleyman al Suissery.

Depuis cinq mois, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) publie le nombre des «voyageurs motivés par le djihad» qui, partis de Suisse, ont été ou sont actuellement dans des zones de conflits. Les chiffres de février viennent de sortir. Soixante-cinq cas ont été recensés jusqu’à aujourd’hui, contre 64 à fin janvier. Des chiffres cumulés depuis 2001. 43 départs vers la Syrie et l’Irak sont signalés. Par rapport au mois de janvier, le SRC a enregistré six nouveaux cas. Cinq autres, qui figuraient dans la catégorie des non-confirmés, ont été retirés de la liste car ces personnes «ne pouvaient pas être considérées comme étant motivées par le djihad», précise le communiqué.

Pas de preuves solides

Le nombre des retours? Il est passé de 18 en janvier à 16 en février, dont 12 pour la Syrie et l’Irak. Mais une partie reste non confirmée. Le SRC ne donne aucune précision quant à ses personnes. Le cas le plus connu reste celui du Valaisan revenu en Suisse en mars 2014 après trois mois passés en Syrie. Il était sous le coup d’une enquête du Ministère public de la Confédération pour «présomption de soutien et/ou participation à une organisation terroriste». Il a finalement été reconnu coupable de participation à une organisation criminelle et de service militaire étranger. Mais, faute de preuves solides, il n’a été condamné qu’à 600 heures de travail d’intérêt général avec sursis, assorties d’une psychothérapie.

Toujours selon le décompte du SRC, quatre résidents suisses ont été tués en Syrie et en Irak, dont trois confirmés. Parmi eux figure un Alémanique, mort en 2013, dont la photo a circulé sur les réseaux sociaux. Selon un reportage de la RTS diffusé mardi soir, cet homme était aussi lié au groupe «Lies!» né en Allemagne. Selon la police allemande, le groupe serait responsable de la radicalisation d’un quart des djihadistes partis d’Allemagne. C’est le prédicateur Ibrahim Abou-Nagie, un chef d’entreprise de Cologne d’origine palestinienne, proche des milieux salafistes, prônant donc un islam radical, qui se trouve derrière «Lies!». C’est lui qui a fondé, en 2012, «Die Wahre Religion», avec l’intention de distribuer 25 millions de Corans dans plusieurs pays, dont la Suisse.