Tous les quatre ans, on entend la même rengaine. La campagne électorale est morne, on ne parle pas des grands enjeux, tout au plus entend-on débattre des conséquences possibles de la crise migratoire sur le résultat de tel ou tel parti, principalement l’UDC. Et les retraites? Et l’Europe? Et le tournant énergétique? Pourquoi les évoque-t-on si peu? La raison est en fait assez simple. Les élections fédérales ne sont finalement rien de plus que la juxtaposition de vingt-six élections cantonales.
Elles sont davantage influencées par les conditions locales que par les grands thèmes nationaux. Rares sont les enjeux qui parviennent à se faire une place dans le débat politique préélectoral. Il y a eu Fukushima en 2011, encore que les écologistes eux-mêmes n’en ont pas tiré profit, puisqu’ils ont aussi bien perdu des sièges que reculé en termes de suffrages aux élections d’octobre. Et il y a, en 2015, la pression migratoire, surtout la sensation et le risque de pression migratoire.
Les multiples sondages réalisés jusqu’à maintenant annoncent un renforcement de la droite. Le baromètre électoral d’août laissait entrevoir un relèvement de l’UDC de 26,6% en 2011 à environ 28% et une progression du PLR de 15,1% à 16,9%. Le géographe Michael Hermann, directeur de l’institut Sotomo de Zurich, a pronostiqué dans la NZZ am Sonntag six sièges supplémentaires pour l’UDC et quatre pour le PLR. Tous les autres partis devraient selon lui perdre des plumes: trois fauteuils pour le PS, un pour le PDC, cinq pour les Verts, trois pour les Vert’libéraux, un pour le PBD, alors que les microformations de droite et de gauche pourraient faire leur retour sous la coupole fédérale.
Cette enquête recoupe toutes celles qui ont été publiées ces derniers mois. Elle reflète également les résultats des élections cantonales qui ont eu lieu cette année. Elle confirme le renforcement du bloc de droite composé de l’UDC et du PLR. Il ne faut toutefois pas oublier la composante régionale des élections ni le jeu des apparentements, qui ont une incidence sur le nombre de sièges. Or, c’est au soir du 18 octobre puis au terme des deuxièmes tours nécessaires pour la désignation des conseillers aux Etats au système majoritaire, que les partis feront les comptes. Le nombre de mandats décrochés par chaque parti et par chaque bloc de partis influencera ensuite la composition du Conseil fédéral. (B. W.)

A Genève: Le parti écologiste risque de perdre un siège

Le 18 octobre, les yeux seront rivés sur le résultat des Verts. En perte de vitesse depuis 2013, le parti est pressenti pour abandonner le second siège qu’il occupe au National, détenu par Anne Mahrer. Et le départ de son pilier Ueli Leuenberger n’arrange pas ses affaires.
Partant du principe que les Verts ne conservent qu’un siège, deux possibilités se dessinent. Soit la place est conservée dans le bastion de l’Alternative grâce au retour de la gauche de la gauche sous la Coupole. Soit le fauteuil bascule à droite.
Quelle piste privilégier? Bien malin qui pourra y répondre. En 2011, les forces d’extrême gauche étaient parties divisées. Si elle s’évite aujourd’hui l’écueil de la désunion, la coalition ne peut pas prétendre bénéficier d’un vent favorable.
Un échec de la gauche de la gauche profitera à la droite, le PS ne pouvant espérer un quatrième siège. Qui l’emportera? Même si l’UDC capitalise sur le succès national, ce ne sera sûrement pas suffisant pour un troisième siège. Avec deux fauteuils, le PLR reste favori devant le PDC, qui pourrait jouer la surprise au vu de ses récents succès. Quant au MCG, le parti est puissant dans le canton, mais manque d’envergure nationale. (O. F.)

Dans le canton de Vaud: Jacques Neirynck, le doyen des Chambres, est fragilisé par la candidature de Claude Béglé

Jacques Neirynck fera-t-il profiter le nouveau parlement de son expérience? Le siège du petit PDC vaudois, convoité par la gauche comme par la droite, est une position fragile de la députation. Le doyen sortant est placé sur la liste secondaire «seniors» et subit la concurrence interne de Claude Béglé.
L’issue est ouverte à droite également: l’UDC gardera-t-elle ses quatre mandats, avec deux départs et des scandales à répétition? Le PLR pourrait profiter de l’aubaine, après des années de déclin. Mais pour le parti qui a longtemps dominé la politique vaudoise, la prouesse serait de reprendre pied aux Etats, grâce à Olivier Français.
Le PS ne demande pas davantage que de conserver son sixième siège arraché de justesse en 2011. Le suspense vaudois tourne plutôt autour de sorts personnels. Daniel Brélaz réussira-t-il son retour sans chasser Christian van Singer? Et Laurent Wehrli, syndic de Montreux, fera-t-il son entrée sans chasser Fathi Derder, ce qui ne serait pas pour déplaire aux radicaux du terroir? On s’interroge aussi sur le score que pourra bien faire Christine Bussat, mère de la Marche blanche et candidate d’un PBD pratiquement inexistant dans le canton. (Y. R.)

A Neuchâtel: Raymond Clottu, le conseiller national UDC, sera-t-il victime des appétits du PLR?

La progression démographique y étant plus faible qu’ailleurs, Neuchâtel perd un de ses cinq conseillers nationaux. Apparentée, la gauche conservera ses mandats, un pour le PS (pour le sortant Jacques-André Maire), l’autre appartient aux Verts depuis 2003 et le triomphe de Fernand Cuche. Mais la sortante verte Francine John-Calame s’est retirée. Son siège est convoité par le popiste Denis de la Reussille, déjà candidat en 2007 et 2011, sans succès. C’est donc la droite qui perdra un siège. La bataille fait rage entre le PLR (qui a deux élus) et l’UDC (un). La mathématique électorale de 2011 fait du PLR le perdant. Mais la locomotive UDC Yvan Perrin n’est plus là et ses successeurs – le sortant Raymond Clottu et le médecin qui le menace, Blaise Courvoisier – s’écharpent à l’interne. S’il veut conserver ses acquis et éliminer l’UDC, le PLR, qui compte sur les apports des partis du centre droit, doit obtenir deux fois plus de suffrages que l’UDC. Les chiffres des cantonales de 2013 rendent l’hypothèse plausible: moins de 17% pour l’UDC et 37,3% pour le PLR et ses alliés. Aucun suspense pour l’élection aux Etats: les sortants Didier Berberat (PS) et Raphaël Comte (PLR) seront reconduits. (S. J.)

A Fribourg: La Broyarde Valérie Piller Carrard pâtit des luttes internes du PS

Au Conseil des Etats, le départ du PDC Urs Schwaller aiguise les appétits. Son siège est convoité par tous les partis de droite. Le PLR présente le conseiller national Jacques Bourgeois. L’UDC tente le coup avec Emanuel Waeber, ancien président du PDC cantonal. Les Verts libéraux et le PBD complètent le casting avec Ralph Schmid, médecin, et Patrick Castioni. Le PDC devrait néanmoins parvenir à tirer son épingle du jeu avec l’élection probable de Beat Vonlanthen, actuel conseiller d’Etat, pour siéger aux côtés de Christian Levrat, président du PS, dont la réélection ne fait aucun doute.
Au National, les sept élus se représentent mais l’UDC espère gagner un second siège, soit au détriment du PDC ou du PS. Si elle peut y prétendre sur la base de ses résultats en 2011, c’est loin d’être fait.
PS, PDC et PLR défendent leurs acquis. Mais une rocade interne n’est pas à exclure au PS. Pierre Mauron, chef du groupe PS au Grand Conseil et beau-frère de Christian Levrat, ainsi que David Bonny, actuel président du Grand conseil, sont sur tous les fronts et pourraient jouer un sale tour à Valérie Piller Carrard ou à Ursula Schneider Schüttel, très discrètes. (M. G.)

En Valais: Le deuxième siège du Parti socialiste au National aiguise les appétits à droite

Les appétits de la droite valaisanne sont féroces. Le PLR et l’UDC visent tous les deux un second siège au Conseil national. L’élection du 18 octobre déterminera la force réelle de la base électorale de l’UDC, en progression constante mais orpheline de son fondateur Oskar Freysinger pour la première fois. Ejectés du gouvernement valaisan il y a deux ans, les libéraux-radicaux espèrent que les électeurs récompenseront la parole libérée de leur politique d’opposition.
Si le Valais bénéficie pour la première fois d’une huitième place sous la Coup0le grâce à sa progression démographique, c’est aussi le deuxième siège de la gauche que visent les partis de droite. Obtenu pour quelques centaines de suffrages en 2011 par le socialiste Mathias Reynard, il est défendu par une coalition qui réunit aussi les Verts et le centre gauche.
Malgré l’absence de son président national, Christophe Darbellay, le PDC valaisan espère freiner une érosion sans fin. Au parlement, le plus grand parti du canton ambitionne de récupérer le siège perdu il y a quatre ans. Au Conseil des Etats, il défend un monopole qui date de 1848, et que les trois autres grandes familles politiques espèrent toutes briser pour la première fois. (X. L.)

A Berne: Le PBD risque de faire les frais de la réduction de la députation

Quel parti fera les frais de l’amaigrissement de la députation bernoise au National, qui passe de 26 à 25? Peut-être le PBD, malgré la grande alliance du centre droit conclue avec le PDC, les Vert’libéraux et les évangéliques. Les Verts sont aussi sur le qui-vive. Depuis le début de l’année, Aline Trede, élue de justesse en 2011, mène une campagne de visibilité effrénée pour conforter sa réélection. Entre-temps, la locomotive des Verts bernois, Alec von Graffenried, a cédé sa place à une écologiste moins renommée, Christine Häsler, et c’est elle qui paraît la plus menacée. A droite, un gain de l’UDC et le retour de l’UDF seraient tout sauf surprenants. Aux Etats, le tandem composé de Werner Luginbühl (PBD) et Hans Stöckli (PS) devrait résister aux assauts d’Albert Rösti (UDC) et de Claudine Esseiva (PLR).
Pour la minorité romande, l’enjeu sera le sort réservé à son unique représentant. Après avoir été évincé en 2011, l’UDC neuvevillois Jean-Pierre Graber a fait son retour au mois de mars de cette année. Mais il prend sa retraite. Son collègue de parti Manfred Bühler, parfait bilingue de Cortébert, a les meilleures cartes en main pour sauver le siège francophone. Mais rien n’est joué. (B. W.)

Dans les Grisons: PDC, PBD et PLR s’allient pour empêcher la réélection de Josias Gasser, conseiller national des Vert’libéraux

Le jeu des listes a pris une tournure particulière aux Grisons. D’un côté, le centre droit fait bloc contre la réélection du vert’libéral Josias Gasser, élu en 2011 sur une liste de gauche, alliance qui est reconduite. Mais le PDC, le PBD et le PLR se sont unis dans l’espoir de permettre aux libéraux-radicaux de reconquérir le fauteuil cédé voici quatre ans. L’apparentement vise aussi à briser l’élan d’une UDC conquérante. Elle présente quatre listes et espère doubler la mise et envoyer à Berne un deuxième élu en plus du conseiller national Heinz Brand, désigné en 2011. Celui-ci ne figure pas sur la même liste que Magdalena Martullo-Blocher, qui a succédé à son père à la tête du groupe Ems-Chemie et, bien qu’habitant le canton de Zurich, souhaite être élue à Berne sur une des listes de l’UDC grisonne. Elle est accompagnée de l’ancien porte-parole de Christoph Blocher, Livio Zanolari. Or, un appel au cumul de ces deux candidats a chauffé les esprits dans le canton, car il constitue une menace pour Heinz Brand si, comme on le pressent, l’UDC doit se contenter d’un seul des cinq sièges dont les Grisons disposent à Berne. Aux Etats, Martin Schmid (PLR) et Stefan Engler (PDC) seront réélus. (B. W.)

En Suisse centrale: Martin Landolt, conseiller national (GL) et président du PBD, fait face à une alliance PS-UDC

Les cantonales ont donné le ton ce printemps à Lucerne: les Vert’libéraux ne bénéficient plus de l’élan de 2011. Sur les dix sièges que possède le canton au National, celui de la formation est le plus menacé. L’UDC devrait le récupérer et placer trois candidats.
Les Vert’libéraux pourraient faire partie des perdants à Uri, avec le retrait de leur sénateur Markus Stadler. Ce fauteuil est convoité par le PLR, qui a renoncé à présenter un candidat au National suite au départ de Gabi Huber. L’UDC ou le PDC pourrait en bénéficier.
Autre petit parti menacé: le PBD à Glaris. Martin Landolt, président de la formation, affronte un jeune candidat PS soutenu par l’UDC.
Par ailleurs, PLR, PDC et UDC s’opposent dans plusieurs cantons de Suisse centrale. Le PLR pourrait en faire les frais. A Schwyz, le parti n’a conclu aucune alliance et il risque de perdre son mandat au National au profit de l’UDC. A Lucerne, c’est le fauteuil PLR aux Etats qui est menacé. Le parti a lancé Damian Müller, qui devra affronter Yvette Estermann (UDC) et Prisca Birrer-Heimo (PS). Le PDC attaque quant à lui la mainmise de l’UDC sur les Etats à Schwyz. (S. H.)

A Bâle: Maya Frag, l’ex-présidente du National, est menacée

Les représentants du Parti radical à Bâle sont loin d’être des ténors. Au remarqué Peter Malama, décédé durant la législature, a succédé le terne Daniel Stolz pour le demi-canton urbain. Quant aux radicaux de Bâle-Campagne, ils sont représentés par Daniela Schneeberger, bien réseautée dans les milieux des arts et métiers et présidente de Fiduciaire Suisse, mais effacée au parlement. Le siège du premier vacille car l’ancien conseiller national libéral Christoph Eymann, conseiller d’Etat, compte faire son retour au National. Détail à relever: à Bâle, libéraux et radicaux n’ont pas fusionné et présentent leurs candidats sur des listes apparentées. Dans le demi-canton de la campagne, l’apparentement du PLR et de l’UDC peut menacer la Verte Maya Graf, qui présida le National en 2013 mais dont le parti s’est scindé en deux en début d’année. (B. W.)

A Zurich: Le président des Vert’libéraux est devancé par un candidat socialiste

Sept candidats aux Etats croisent le fer à Zurich. Les deux fauteuils de la Chambre haute sont vacants avec le départ de la sénatrice vert’libérale et de son homologue libéral-radical. Le PLR ne devrait pas avoir de peine à conserver sa place grâce à Ruedi Noser, ancien vice-président du parti.
Le défi s’annonce plus difficile pour les écologistes, malgré la candidature de Martin Bäumle, président des Vert’libéraux. Le socialiste Daniel Jositsch le précède dans les sondages. Le professeur de droit a toutes les chances de récupérer un fauteuil perdu il y a plus de 30 ans par le PS. Le challenger UDC, Hans-Ueli Vogt, tente de pallier son manque de notoriété par une campagne publicitaire massive.
La répartition du National ne réserve pas de grandes surprises à Zurich. Le PLR pourrait passer à 5 ou 6 représentants. Les pronostics sont aussi favorables à l’UDC. Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, figurera-t-il parmi les élus, malgré sa 17e place sur la liste du parti? La question se pose aussi pour le socialiste Tim Guldimann, placé en 10e position. L’Alternative Liste pourrait faire son entrée au National, les partis du centre sont sous pression. (S. H.)

En Argovie: L’accident causé par le président du PLR relance la campagne à droite

Le président du PLR, Philipp Müller, a prévu de passer du National aux Etats. A priori, aucun obstacle ne devait empêcher la réalisation de ce scénario. L’Argovien devait ainsi succéder sans difficulté à Christine Egerszegi. Mais il y a eu cet accident, qui l’a obligé à suspendre sa campagne électorale et a relancé les chances de la PDC Ruth Humbel. Au National, il y a un siège de plus à attribuer, l’Argovie passant de 15 à 16 représentants. Selon les pronostiqueurs régionaux, le PDC et le PLR, qui ne devrait pas pâtir collectivement de l’accident de Philipp Müller, sont les mieux placés. Gagnants des élections 2011 grâce aux apparentements, le PVL et le PBD ont du souci à se faire. La grande alliance de la droite entre l’UDC, le PLR et le PDC menace les sièges conquis par ces deux formations. Une autre inconnue sera la capacité des Verts à conserver le fauteuil occupé par Geri Müller. (B. W.)

En Suisse orientale: Les Vert’libéraux font face à de sérieuses menaces en Thurgovie et à Saint-Gall

En 2011, le PVL avait réussi ses alliances dans les cantons de Thurgovie et Saint-Gall. Dans le premier de ces deux, il avait ravi le siège occupé précédemment par le PLR, qui était parti au combat isolé. Celui-ci a désormais rejoint l’apparentement du centre droit. Il devrait être en mesure de récupérer ce siège et d’évincer le Vert’libéral Thomas Böhni. Dans le canton voisin, un scénario similaire se dessine. La présidente de la Société suisse des patients, Margrit Kessler, est sérieusement menacée. Le PVL n’a pas trouvé d’autre allié que le Parti pirate et le mandat décroché en 2011 risque de lui échapper au profit du PDC ou du PLR. Au Conseil des Etats, quatre des six représentants de la Suisse orientale seront réélus: Karin Keller-Sutter (PLR/SG), Brigitte Häberli-Koller (PDC/TG), Roland Eberle (UDC/TG) et Hannes Germann (UDC/SH) ne sont pas menacés. Mais Paul Rechsteiner (PS/SG), président de l’Union syndicale suisse, devra batailler pour revenir à Berne, où il a siégé de 1986 à 2011 au National avant de changer de Chambre. Sept autres candidats briguent son siège. A Schaffhouse, le PLR lance le conseiller d’Etat Reto Dubach pour tenter de ravir le fauteuil sénatorial de l’indépendant Thomas Minder. (B. W.)