revue de presse

Le Dr Berner promue au rang d’héroïne

L’ancien médecin cantonal neuchâtelois, jugée pour euthanasie active et acquittée, bénéficie d’une opinion presque unanimement favorable dans le débat entre la loi et l’éthique

L’ancien médecin cantonal neuchâtelois, jugée pour euthanasie active et acquittée, bénéficie d’une opinion presque unanimement favorable dans le débat entre la loi et l’éthique.

Daphné Berner est acquittée (lire LT du 07.12.2010). L’ancien médecin cantonal neuchâtelois, membre de l’association Exit, était jugée pour euthanasie active, l’an dernier, sur demande d’une jeune femme victime de sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative incurable. Une première en Suisse. «Allant même plus loin, précise le site Maxisciences, le tribunal a considéré qu’il aurait été cruel de la part de Daphné Berner, de ne pas accepter la demande de mourir […] de sa patiente.» Ce que cette dernière a reconnu en disant au 19.30 de la TSR que son juge était «très intelligent», que c’était «un gros bosseur» et un homme «courageux».

Pour L’Express/L’Impartial, cet acquittement bouleverse ainsi «l’assistance au suicide en Suisse» après que le juge eut parlé «d’une brèche dans le droit actuel [qui] remet en cause l’intangibilité de la vie humaine». C’est ce que disait aussi récemment Le Courrier, citant Ambroise Paré, le célèbre médecin du XVIe siècle, lequel prétendait «à propos de son art qu’il fallait «guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours». L’ancien médecin cantonal vaudois «reprend la formule pour souligner le décalage entre l’éthique et la loi en matière d’euthanasie active».

Sur son blog hébergé par 24 Heures, ce dernier écrit en effet que «les échos médiatiques du procès du Dr Daphné Berner […] sont impressionnants, notamment chez les internautes: l’unanimité (ou presque) des opinions lui est favorable, certains en parlent comme d’une héroïne. Il faut dire que les caractères de la fin de vie de personnes souffrant de la maladie neurologique en cause sont tels que, sauf opposition dogmatique, «hors-sol», nous comprendrions tous que le patient veuille qu’on l’aide à mourir. Est mis en évidence le caractère flou, souvent aujourd’hui, de la limite pratique entre l’assistance au suicide et l’euthanasie.»

Pour Jean Martin, «une manière judicieuse de régler les situations limites est de donner aux Ministères publics (procureurs) la latitude de classer sans suite des cas qui ressortissent aux «nuances de gris» et suscitent la compréhension; système que connaissent les Pays-Bas. Mais, chez nous, il faut compter avec l’allergie des Suisses au «pouvoir des juges».» Et «la volonté du Conseil fédéral de réglementer scrupuleusement l’aide au suicide est malvenue», estime Philippe Barraud sur Commentaires.com: «Le choix de mourir fait partie de nos libertés intangibles, il ne doit pas dépendre de médecins ou de juristes. […] Le choix de mourir fait partie des fardeaux terribles et magnifiques de notre liberté. Ne laissons par l’Etat nous en priver.»

Le problème n’est donc évidemment pas résolu, comme l’explique la Tribune de Genève: «Si la plupart des spécialistes saluent un jugement empreint d’humanité et conforme à l’esprit de la loi, ils se divisent sur les suites à donner.» Pour Le Matin, «cet acquittement, que certains se sont empressés de voir comme un heureux précédent, est exceptionnel et doit le rester». Et le quotidien lausannois de prévenir: «Etablir une réglementation rigide et stricte en matière de suicide assisté serait une lourde erreur. Comment imaginer qu’un article de loi suffise pour décider de la mise à mort d’un malade? […] Le consentement du patient est une condition sine qua non. Une compréhension humaine et prolongée du cas par le corps médical l’est tout autant. Aussi, le flou qui règne sur la question est aujourd’hui un rempart nécessaire […]. Et les applaudissements d’associations d’aide au suicide comme Exit sont malvenus. Ce sont ceux d’une croisade morbide qui manifeste une fois de plus son manque d’ampleur de vision.»

Cité par Radio Télévision Neuchâtel, le président d’Exit Suisse romande, le Dr Jérôme Sobel, également interviewé lundi lors du 12h30 de la RSR, estime qu’«une telle décision judiciaire […] incitera l’Académie suisse des médecins à inclure l’assistance au suicide dans les devoirs du médecin, assortie d’une clause de conscience. Tout en assurant qu’Exit n’a jamais versé dans l’euthanasie clandestine, [il] concède que cette pratique a parfois cours dans les hôpitaux, avant d’ajouter que l’épisode judiciaire du jour ne pourra que pousser à davantage de transparence.»

Car on sait aussi, rappelle Le Figaro, qu’«une centaine d’étrangers, dont plus de vingt Français, se rendent [en Suisse] pour mettre fin à leurs jours chaque année. La Confédération helvétique favorise-t-elle le «tourisme de la mort»? […] Embarrassé par les dizaines d’étrangers venus mourir sur le sol suisse, le Conseil fédéral cherche à renforcer l’assistance au décès afin d’éviter les «dérives» du système.» «Légaliser l’euthanasie? se demande en conclusion Samia Hurst sur le blog «La bioéthique vue de Suisse». Ce choix dépendrait des mesures que nous pouvons mettre en œuvre pour éviter des dérives, et de la confiance que nous avons que ces mesures peuvent être efficaces.»

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