Avec 1001 cas confirmés, Vaud est le deuxième canton suisse, après le Tessin, à compter le plus de personnes infectées par le nouveau coronavirus. Les médecins généralistes sont les premiers au front. Ils réclament plus de soutien des autorités. Interview avec Philippe Eggimann, spécialiste en infectiologie et président de la Société vaudoise de médecine.

Le Temps: Comment les médecins vaudois s’organisent-ils face au coronavirus?

Philippe Eggimann: La profession a été en état de sidération en observant ce qui se passe en Italie. Puis les hôpitaux ont commencé à s’organiser. Actuellement, sur le plan hospitalier, la situation est sous contrôle et la capacité de prise en charge se développe. Nous avons quelques coups d’avance à ce niveau-là. Mais pour les généralistes, l’affaire est nettement moins bien partie: la majeure partie des cas positifs ou présentant des symptômes bénins doivent être pris en charge à la maison, par leur médecin traitant, qui doit évaluer leur état de santé, leur prescrire des médicaments, surveiller l’évolution de la maladie par téléphone… Ce sont eux qui sont en première ligne.

Quel est le problème?

Le canton de Vaud compte 900 cabinets. Ce sont eux qui doivent gérer ces malades… en plus de tout le reste! Si vous ressentez des brûlures en urinant, c’est peut-être une infection urinaire qui, si elle est mal soignée, peut dégénérer en septicémie. Si vous êtes diabétique et que vous avez une plaie à l’orteil, il faut aussi la soigner, sans quoi cela peut devenir grave. On ne doit pas arrêter de prendre en charge la population, sinon on aura des catastrophes sanitaires. Or nous n’avons à l’heure actuelle aucune directive pour gérer ces situations de manière cohérente.

Si aucune précaution n’est prise, dans dix jours, il n’y aura plus de docteurs dans les cabinets

Cela veut dire que vous ne communiquez pas entre vous?

Bien sûr que si! Mais, par exemple, nous ne savons pas toujours comment prendre en charge les patients avec une suspicion de Covid-19, car impossible de les faire venir en salle d’attente… Ainsi, plusieurs pédiatres en ville de Lausanne ont été testés positifs, car ils ont sûrement été en contact avec des enfants contagieux. Et si aucune précaution n’est prise, dans dix jours il n’y aura plus de docteurs dans les cabinets. Nous sommes surexposés.

Voilà qui est très inquiétant. Comment anticiper cette situation?

Actuellement, des groupes de médecins sont en train de s’organiser de manière locale à Echallens, à Orbe et à Morges, par exemple, pour que certains soient de garde spécifiquement sur le Covid-19. Mais ailleurs, rien n’est prévu. Pour le faire, il nous faut absolument une aide politique, afin de trouver un endroit notamment où gérer ce type de malades.

Nous avons sollicité l’aide de la protection civile auprès du canton, mais, pour le moment, nous avons de la peine à obtenir une réponse. Les autorités ont du retard à l’allumage. Nous réclamons urgemment leur soutien.