Justice

Drame conjugal à Genève: «Il n’a pas agi par passion mais par possession»

Le procureur a requis 12 ans de prison contre l’agent de sécurité valaisan qui avait tué son épouse lors d’une ultime dispute. La défense plaidera le crime passionnel

«En vérité, il n’a aucunement agi par passion mais par possession.» Au deuxième jour du procès d’un agent de sécurité, accusé de meurtre pour avoir abattu son épouse de trois balles à leur domicile genevois, le procureur Julien Maillefer a soutenu que seul un mobile très égoïste expliquait ce crime. Le quadragénaire a préféré tuer plutôt que d’accepter une séparation. Il a ainsi bouleversé la vie de sa fille qui allait fêter ses huit ans. Sa manière d’agir était lâche et glaçante, sa responsabilité était pleine et entière et aucune circonstance ne saurait atténuer sa faute. Un sombre tableau qui mérite, aux yeux de l’accusation, une peine de 12 ans de prison. Le verdict tombera vendredi.

Tensions banales

Katia, 39 ans, a rendu son dernier souffle sur le sol des toilettes jouxtant le vestibule. Elle avait ses clés dans la main comme si elle voulait fuir. «Elle a dû entendre le bruit du coffre qui contenait les armes et elle a compris que la situation était dangereuse», relève le procureur. Arrivé tout près de son épouse, Didier, de son prénom fictif, a tiré deux fois. Elle s’est effondrée. «Il s’est avancé encore et l’a achevée d’une balle dans la tête, à bout portant», ajoute le procureur. Le fait d’avoir immédiatement appelé les secours et montré un certain état de panique lui ont évité la circonstance aggravante de l’assassinat.

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Si le Ministère public ne discerne pas dans ce crime la froideur absolue d’une exécution, il n’y voit pas non plus l’acte d’un être submergé par une émotion violente ou un désarroi que les circonstances rendaient excusables. Anticipant le meurtre passionnel qui sera plaidé par Mes Andreia Ribeiro et Karim Raho, le procureur estime que les tensions qui minaient ce couple étaient banales. Les disputes tournaient autour de l’éducation de leur fille ou de leurs infidélités respectives. Certes, la victime pouvait se montrer agaçante et pleine de reproches mais le prévenu était aussi responsable de leurs difficultés conjugales. Tout homme raisonnable, placé dans une situation identique, aurait divorcé plutôt que tué. «Il aurait à l’évidence pu agir autrement», ajoute Julien Maillefer.

Des profils très différents

Didier, spécialiste de la protection rapprochée, grand amateur d’armes (il en avait 28 dans son coffre, pour la plupart illégales, et 13 000 munitions), était un homme renfermé, discret, solitaire et introverti. Son épouse russe était une femme joyeuse, souriante, très cultivée et très sociable. Elle voulait évoluer dans la vie alors que lui préférait passer son temps sur des jeux vidéo. «Ils ne parlaient pas la même langue», relève le procureur en citant les propos d’un témoin. A ces différences sont venues s’ajouter la tromperie et la rancœur. «Elle ne lui a pas pardonné ses écarts et elle s’est mise à chercher la petite bête.»

Pour l’accusation, point de doute: «Au moment où l’homme a pris son arme, il avait l’intention d’en faire usage.» Balayant la thèse de la simple menace qui aurait mal tourné, le procureur rappelle les déclarations de Didier lors de l’enquête: «J’ai senti que c’était fini et qu’on ne se réconcilierait jamais.»

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