Mais où en sont les libéraux genevois? Les uns acceptent une hausse d'impôts masquée, alors que les autres restent fidèles à leurs dogmes et la refusent tout net. Cette dispute pourrait faire le jeu de leur propre élue au Conseil d'Etat, Martine Brunschwig Graf, qui redoutait d'être chahutée par les siens lors du débat sur le budget 2004 en juin dernier. Pour la ministre des Finances, c'est une question de crédibilité: le plan financier quadriennal du Conseil d'Etat, qui prévoit un déficit de 290 millions pour le budget 2005, doit être respecté.

C'est mal parti: comme le révélait la Tribune de Genève, la commission des finances du parlement a balayé d'un coup deux des principales mesures d'austérité défendues par Martine Brunschwig Graf. Lors de leur séance de mercredi, les commissaires ont rejeté le transfert des charges de l'Office des personnes âgées aux communes

(-88 millions) et la suspension de la compensation de la progression à froid (-33 millions). Résultat: le déficit de l'Etat enfle de 120 millions, à 410 millions.

Embarras

Une situation embarrassante pour l'argentière du canton, qui avait laissé entendre qu'elle refuserait de défendre un budget hors de la cible. Au sein de son parti pourtant, certains députés n'hésitent pas à désapprouver sa politique. Le vote sur la progression à froid a révélé la division entre deux camps: seuls deux des trois commissaires libéraux acceptent le principe d'une hausse d'impôts provisoire. L'enjeu? La correction de la progression à froid permet au canton de supprimer l'effet mécanique d'une hausse de la fiscalité induite par une augmentation des prix, sans que le revenu réel ait augmenté. Sa suppression se traduirait par une hausse d'impôts qui toucherait surtout les classes moyennes.

Fidèle au dogme libéral, Pierre Weiss se serait prononcé contre cette mesure, refusant d'entrer en matière sur toute hausse d'impôts. En revanche, Renaud Gautier et Alain Meylan, plus pragmatiques, ne s'opposent pas à ce principe. Si le secret de leur vote demeure, on sait tout de même qu'un commissaire libéral s'est abstenu. En tout cas, Renaud Gautier ne le cache pas: «le débat fait rage» au sein du parti. Pour l'ancien président des libéraux, un seul objectif doit désormais guider le travail des députés: la cible des 290 millions, car «ne pas avoir de budget cette année relèverait du suicide politique».

Equilibre des sacrifices

Une appréciation partagée par Alain Meylan, qui estime qu'il faut aller au-delà de «coupes virtuelles» en acceptant un budget qui table sur l'équilibre des sacrifices. «Il est temps de dépasser nos dogmes et idéaux. Nous sommes un parti gouvernemental et nous devons assumer nos responsabilités.» Son coreligionnaire Renaud Gautier affirme que «la non-indexation des barèmes n'est pas une hausse d'impôts insurmontable». Pour lui, ce débat illustre «la relation tendue entre les réalistes et les fous furieux qui n'ont pas d'autre projet que leur gloire personnelle». Une division qui s'étend à l'ensemble des libéraux genevois, et qui existe également chez les radicaux.

Une chose est sûre: contrairement à l'an dernier, les députés ne pourront pas renvoyer le projet de budget 2005 au Conseil d'Etat, puisqu'ils ont voté son entrée en matière. D'autres économies devront donc être trouvées. Le PDC Guy Mettan évoque des pistes: la taxation accrue des Services industriels (-36 millions), des coupes linéaires de 0,5% dans les départements (-30 millions), le transfert aux communes du financement de la Fondation pour l'animation socioculturelle (-17 millions) et du Groupement intercommunal pour l'animation parascolaire (-13 millions), et la suppression d'un jour de congé à Noël. Ces mesures seront examinées en commission le 8 décembre.