La justice zurichoise a clos son enquête très attendue sur l'affaire Seebach qui implique 13 jeunes hommes. Elle inculpe deux suspects - un adulte de 19 ans et un adolescent de 17 ans - pour viol répété sur une jeune fille de 13 ans. Des mesures éducatives sont prononcées contre quatre autres et pour les sept restants, l'affaire est classée.

Il y a un peu plus d'un an ce drame a choqué la Suisse entière, relayé avec grand bruit par les médias. Treize jeunes de 15 à 18 ans étaient soupçonnés de viol collectif sur une écolière de 13 ans dans le quartier de Seebach, au nord de Zurich. Certains actes avaient été filmés au moyen de téléphones portables. L'opinion publique était bouleversée avec encore en tête les cas de Rhäzuns (GR) et de Steffisburg, dans le canton de Berne.

Durant cinq soirées

Selon l'enquête du procureur, les faits sont survenus durant cinq soirées entre le 4 et 11 novembre 2006. Les adolescents se sont retrouvés avec la victime par groupe de quatre chez l'accusé âgé aujourd'hui de 19 ans. «Tous ou presque connaissaient la jeune fille d'une manière ou d'une autre», explique le juge pour mineurs Hansueli Gürber. Ils l'ont contrainte à divers actes sexuels.

Quatre adolescents présents ont été reconnus coupables de pornographie, d'actes d'ordre sexuel avec une enfant et d'actes sexuels avec une personne incapable de discernement. Pris en charge par des personnes spécialisées, ils ont été condamnés à des mesures éducatives. Pour les deux inculpés de viol, les peines encourues diffèrent: l'accusé majeur risque une peine privative de liberté et le mineur devrait être placé dans un établissement éducatif. Dénoncée en automne 2006, cette affaire ne tombe pas sous la nouvelle loi sur les mineurs en vigueur depuis janvier.

Ces dernières semaines, plusieurs éléments de l'enquête - fournis par les avocats - ont filtré dans la presse. Des révélations faites par le Tages-Anzeiger parlaient d'un câble iPod que la jeune fille voulait récupérer chez l'un des garçons impliqués. Promesse sous condition? Plusieurs médias se sont aussi interrogés sur une affaire qui se serait dégonflée au fil des mois. «Le qualificatif de «viol collectif» souvent entendu était malheureux, mais le cas est grave», commente le juge. «Simplement, dans ce genre de drame, les preuves sont difficiles à avancer.» Pour pouvoir accuser de viol, il faut qu'il y ait menaces de violence, pressions psychiques ou victime mise hors d'état de résister. Pour l'heure, le juge ne se prononce pas sur la santé psychologique de la victime, «toujours suivie». On se retient aussi de juger la communication si ce n'est pour relever que «parfois c'est allé trop vite».

Fort retentissement

Dès sa révélation en automne 2006, le drame de Seebach a eu un retentissement important et des retombées politiques encouragées par les origines étrangères des garçons impliqués. Christoph Blocher a lancé l'idée de retirer la nationalité suisse aux jeunes naturalisés qui commettraient des crimes particulièrement graves, et d'expulser toute leur famille au besoin. De leur côté les médias ont accumulé témoignages dans l'école des suspects et déclarations sur les comportements de la victime.

Le 16 novembre 2006, l'information diffusée par la police municipale avait provoqué un choc. Le communiqué annonçait qu'une «jeune fille de 13 ans avait été violée par plusieurs auteurs». Lors de la conférence de presse, l'officier de police n'avait pas toujours utilisé la formule consacrée en ne mentionnant pas la présomption d'innocence des auteurs. Contacté hier, le responsable en question, Peter Ruegger, a reconnu un «choix de vocabulaire malvenu». Il justifie la conférence de presse en raison de l'affaire de Rhäzuns (ndlr: deux garçons de 11 et 13 ans avaient violé une fillette de 5 ans) où le manque d'informations avait été reproché.

Juge des mineurs dans le canton de Fribourg, Michel Lachat a officié récemment dans le procès des adolescents impliqués à Bulle en 2006 dans des actes d'ordre sexuel sur une personne incapable de discernement. «Je ne suis pas surpris par ce résultat à Zurich. Il montre les dangers de la communication dans pareil cas. Dès l'annonce des faits, chacun y va de son commentaire sans faire de différence entre contrainte sexuelle et viol, par exemple. C'est inquiétant.» Michel Lachat refuse de parler de recrudescence de présumés viols collectifs ni de tirer un lien avec l'origine des agresseurs. «Cela a toujours existé. Simplement, aujourd'hui on en parle. Bien au-delà des origines des intervenants, c'est une affaire de bande. Cela dit, il faut accepter que les gens originaires des Balkans ont souvent une autre image de la femme. A nous de leur donner une chance et de corriger cette image.»