Le drapeau rouge à croix blanche sur la place de la Concorde à Paris, gardé par un détachement de quatre militaires suisses: il était 11h30 ce mardi lorsque le détachement helvétique s’est présenté devant la tribune officielle du traditionnel défilé français du 14 juillet. Une présence historique, suite à l’invitation adressée par la France aux quatre pays européens ayant accueilli des patients français au plus fort de l’épidémie de Covid-19. L’Autriche, l’Allemagne et le Luxembourg étaient aussi représentés. 52 patients contaminés par le Covid-19 ont été soignés dans les hôpitaux helvétiques entre avril et juin 2020. Le conseiller fédéral Alain Berset, représentant la Confédération, est avec ses homologues européens l’un des principaux invités étrangers de cette cérémonie. Laquelle sera suivie, vers 13 heures, d’une intervention télévisée très attendue d’Emmanuel Macron.

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C’est la première fois que le drapeau suisse – aux côtés des drapeaux de l’Allemagne, du Luxembourg et de l’Autriche, qui ont aussi accueilli des patients français durant l’épidémie – sera présent lors de ce défilé du 14 juillet, revu à la baisse (2000 participants au lieu de 4000 habituellement) et limité à la place de la Concorde en raison des risques sanitaires. Avec pour thème «une Nation engagée, unie et solidaire», une mise en avant du service de santé des armées et un hommage aux forces françaises libres, pour cette année de commémorations du général de Gaulle (né en novembre 1890, entré en rébellion avec son appel du 18 juin 1940 et mort en novembre 1970). Deux chars d’époque, engagés dans les combats de 1940 contre les troupes nazies, ont ouvert cette matinée d’hommage.

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Pas d’entrevue bilatérale avec Emmanuel Macron

Présent au côté d’Emmanuel Macron durant cette cérémonie, le conseiller fédéral Alain Berset devait échanger rapidement avec le président français lorsque celui-ci rendra hommage aux personnels soignants, et aux pays voisins ayant ouvert les portes de leurs hôpitaux. Les délégations étrangères seront saluées. «Il n’y aura pas d’entrevue bilatérale à proprement parler. L’idée du président de la République est celle du remerciement collectif, comme il l’avait déjà exprimé dans son discours du 13 avril, prononcé en plein confinement», explique-t-on à l’Elysée. La France comptait, au 12 juillet, 170 752 cas de contaminations et 30 004 morts. Détail militaire à portée commerciale: la composante aérienne du défilé a été comme chaque année mise en évidence, y compris le survol de Paris par les avions de chasse Rafale… que Paris espère toujours vendre à l’armée suisse. Les soldats venus de Berne pour garder le drapeau avaient été salués lundi soir dans la cour de l’Ambassade de Suisse à Paris, par Alain Berset.

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Cinquante-deux patients français, au total, victimes de l’épidémie ont été traités en Suisse, répartis dans 15 cantons. La plupart venaient d’Alsace et des départements limitrophes de la région Grand Est, l’un des principaux foyers infectieux de l’Hexagone où l’armée française a même dû déployer un hôpital militaire à Mulhouse, du jamais vu en temps de paix. La première demande a été directement adressée aux cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne. Vingt et un patients ont ensuite été répartis dans les hôpitaux de Suisse alémanique (trois à Bâle-Ville; trois à Bâle-Campagne; trois en Argovie, deux à Berne; deux à Saint-Gall, deux à Schaffhouse, deux à Soleure, deux en Thurgovie et deux à Winterthour), tandis que 31 prenaient le chemin des établissements hospitaliers romands (22 patients à Genève, deux à Lausanne, deux à Fribourg, un à Neuchâtel, deux à Delémont et deux en Valais).

Environ 130 patients français ont été hospitalisés durant la même période en Allemagne, 12 à Luxembourg et une dizaine en Autriche. Symbole remarqué: c’est un avion militaire de transport Airbus A 400 M de la Bundeswehr qui, le 29 mars, convoya les premiers malades français de Strasbourg à Ulm. Son équipage sera présent ce mardi à Paris, à l’invitation de l’armée de l’air française.

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Tendance à la hausse des infections

Au programme du conseiller fédéral Alain Berset, une fois le défilé militaire achevé: un déjeuner avec ses homologues, à l’invitation de ministre de la Santé Olivier Véran, et en compagnie du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus. L’échange d’informations transfrontalier demeure indispensable alors que la crainte d’une seconde vague épidémique pourrait conduire Emmanuel Macron, lors de son intervention télévisée prévue mardi, à imposer le port du masque à ses concitoyens dans tous les lieux publics et commerciaux, et pas seulement dans les transports en commun. L’agence sanitaire Santé publique France (SpF) a relevé vendredi 10 juillet une «nouvelle tendance à l’augmentation de la circulation du virus SARS-CoV-2» alors que 7062 personnes sont toujours hospitalisées dans l’Hexagone pour une infection au Covid-19, et qu’une région d’outre-mer, la Guyane, est toujours dans une situation critique. «Trop de pays prennent la mauvaise direction» déplore ce mardi l’Organisation mondiale de la santé. La pandémie de coronavirus a fait plus de 569 000 morts, pour environ 13 millions de cas avérés à travers le monde.