Le 14 juin 1981, le principe de l’égalité entre hommes et femmes est inscrit dans la Constitution. Dix ans plus tard, jour pour jour, la première grève des femmes réclame son application, et la loi sur l’égalité entre en vigueur en 1996. «Le Temps» revient sur cette révolution lente.

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Le combat des femmes pour l’accession au barreau commence à Zurich avec Emilie Kempin-Spyri. Mère de trois enfants, elle devient, à l’âge de 34 ans, la première femme à obtenir un doctorat en droit, en 1887. Mais elle ne peut pas exercer son métier d’avocate. A cette époque, plaider devant les tribunaux est une activité réservée aux citoyens actifs, détenteurs du droit de vote et d’éligibilité. Aux hommes, donc.

Emilie Kempin-Spyri dépose un recours au Tribunal fédéral, invoquant l’article de la Constitution stipulant que «tous les Suisses sont égaux en droits». Elle estime que le terme Suisse désigne aussi bien les hommes que les femmes. Le tribunal la déboute, qualifiant son argument d’«aussi nouveau qu’audacieux». Le traitement inégal des hommes et des femmes «n’est pas dépourvu de fondement intrinsèque», expliquent les juges, motivant leur décision par «les conceptions dominantes à l’époque, notamment en ce qui concerne la participation à la vie publique».