A eux deux, le Département de la formation et de la jeunesse (DFJ) et celui de la santé et de l'action sociale (DSAS) totalisent un budget de plus de 4 milliards de francs, soit les deux tiers du ménage cantonal. Dès le 30 novembre, tous deux seront dirigés par des magistrats socialistes. Alors qu'Anne-Catherine Lyon est la patronne de l'Instruction publique depuis son élection en 2002, son nouveau camarade Pierre-Yves Maillard, tout récemment élu, a hérité du DSAS, où il va remplacer le libéral Charles-Louis Rochat.

La configuration qui place les deux départements les plus dépensiers de l'Etat sous la responsabilité politique de représentants de la minorité est sans précédent. Elle fait éclater la coutume selon laquelle, depuis plusieurs législatures, gauche et droite se répartissaient ces deux poids lourds. A la tête d'un département mammouth, Pierre-Yves Maillard sera confronté à la nécessité de faire sa part dans une politique d'austérité qui n'épargne désormais aucun pan de l'Etat, et dans un secteur où les attentes de l'électorat de gauche sont fortes.

«Je suis conscient de la responsabilité et de la difficulté», a commenté Pierre-Yves Maillard. S'il sait que sa victoire du 24 octobre contre l'UDC Martin Chevallaz a suscité beaucoup d'espoirs dans son camp, il tient à rappeler d'emblée que «la majorité politique n'a pas changé et que le gouvernement vient de prendre des options importantes» pour le budget 2005. Mais du moment qu'on lui confie ce département, il part de l'idée que «ce n'est pas pour lui imposer les choix du collège mais pour prendre en compte la sensibilité qu'il représente.» Lors de la récente campagne électorale, le socialiste avait notamment critiqué la réduction de l'aide sociale et du Revenu minimum de réinsertion (RMR) qui fait partie du train de mesures d'assainissement.

Pierre-Yves Maillard s'est dit heureux de la décision qui lui attribue «deux des missions parmi les plus fondamentales de l'action publique: assurer pour chacun une médecine et un filet social de qualité.» La joie toutefois n'éclatait pas sur son visage. On sait que le socialiste n'était pas demandeur, même s'il s'attendait à devoir se plier au choix de ses aînés. La gauche aurait préféré conserver le Département des institutions et des relations extérieures (DIRE), que dirigeait Pierre Chiffelle, démissionnaire pour raisons de santé. Chargé de la mise en œuvre de la nouvelle Constitution, des relations avec les communes, de l'intégration des étrangers et impliqué dans le découpage territorial, ce département est une pièce centrale dans le régime présidentiel que les Vaudois sont censés connaître à partir de 2007.

Mais tant l'intérêt personnel de l'UDC Jean-Claude Mermoud, qui dirigeait ce département par intérim depuis août dernier, que la volonté politique du centre droit se sont unis pour imposer le changement. A la tête de ce département, qui paraissait jusqu'ici réservé aux juristes, Jean-Claude Mermoud gagne en profil. Il revendique notamment un nécessaire rapprochement avec les communes, avec lesquelles le climat est fort tendu. C'est aussi la raison pour laquelle il tient à garder dans son portefeuille l'aménagement du territoire, que le gouvernement lui avait attribué l'an dernier afin de le soustraite à l'écologiste François Marthaler. Il conservera donc la responsabilité de l'asile, au grand dam des militants qui défendent les requérants déboutés mais au soulagement de la gauche institutionnelle.

Tout comme l'UDC Mermoud voit satisfaite enfin son ambition d'occuper une position plus importante, le libéral Charles-Louis Rochat obtient la position plus confortable qu'il cherchait, en reprenant un Département de la sécurité et de l'environnement (DSE) allégé de surcroît de l'aménagement du territoire. «Tous les départements sont difficiles», rétorque-t-il cependant à ceux qui seraient tentés d'y voir une semi-retraite.

Satisfaction aussi chez la socialiste Anne-Catherine Lyon, qui a obtenu d'ajouter à son département le Service des affaires culturelles (SERAC), jusqu'alors dépendant du DIRE. «Culture et école vont ensemble dans tous les cantons», fait valoir la magistrate, qui devient ainsi la nouvelle responsable politique d'un projet ambitieux et controversé, le nouveau musée des beaux-arts.