Les jeux sont faits, mais la partie n’est pas encore gagnée. Forte de sa confortable majorité (61 voix sur 100), la droite du parlement genevois a fait passer vendredi sa loi de renforcement du frein à l’endettement. Ce nouveau mécanisme a pour dessein de réduire la dette du canton, qui dépasse les 13 milliards de francs. Pour y parvenir, le Parti libéral-radical, auteur du projet de loi, a décidé d’agir sur les dépenses de l’Etat en exigeant le maintien des charges de fonctionnement et du personnel à leur niveau actuel. Et ce, tant que l’endettement ne sera pas redescendu au niveau des revenus annuels de l’Etat, soit près de 9 milliards de francs. Autant dire que le texte déploiera ses effets sur de nombreuses années.
Ce corset autorise toutefois quelques espaces de liberté. Si deux tiers des députés l’autorisent, des augmentations de 0,5% sur les charges de personnel et de 1% sur les charges de fonctionnement peuvent être opérées. A titre de comparaison, le projet de budget 2016 du gouvernement prévoit une hausse des charges de fonctionnement de 0,9%. Sans cette majorité qualifiée, tout nouvel engagement de collaborateur est ainsi conditionné à la suppression d’un autre poste.

Une attaque «d’une violence inouïe»

Du côté de la gauche, la législation est comprise comme une attaque «d’une violence inouïe» de la fonction publique, diminuant la qualité des prestations délivrées. «Entre 2000 et 2007, le nombre d’enfants scolarisés a augmenté de 7000 personnes. Et il faudrait n’engager aucun nouvel enseignant? C’est absurde!» tempête SolidaritéS, qui semble déjà avoir trouvé son futur slogan de campagne: «Pour engager un nouveau policier, il faudrait supprimer un poste d’enseignant.» La gauche genevoise a d’ores et déjà annoncé qu’elle attaquera la loi par référendum.


A la fin des débats, le conseiller d’Etat chargé des Finances, le démocrate-chrétien Serge Dal Busco, a appelé les députés à refuser ce texte, qui restreint les compétences de l’exécutif. En vain. Par 61 voix contre 35, la droite a non seulement imposé sa législation, mais aussi désavoué son propre gouvernement.