Conseil fédéral

La droite espère enfin pouvoir s’affirmer au Conseil fédéral

Le départ de Didier Burkhalter relance les espoirs de l’UDC et d’une bonne frange du PLR de faire virer le Conseil fédéral plus à droite. Les positions des futurs candidats sur l’immigration et la politique extérieure seront scrutées avec attention

Il vaut la peine de lire le point 6 du «profil d’exigences» dressé jeudi par la direction du PLR pour la succession de Didier Burkhalter: «Les candidats doivent être capables de faire passer leurs dossiers au parlement malgré les vents contraires […]. Une recherche permanente de l’harmonie est ici un obstacle.» Rechercher l’harmonie, un obstacle? Vice-président du parti, Christian Lüscher (PLR/GE) précise: «Nous attendons de nos conseillers fédéraux qu’ils défendent âprement les positions de notre parti. Nous ne sommes pas adeptes d’élus bornés, mais nous ne voulons pas de ministres qui prémâchent un compromis avant même d’avoir défendu la ligne du PLR.»

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Antithèse de la politique menée par Didier Burkhalter

Ce critère peut être lu comme une forme d’antithèse de la politique de dialogue et de compromis menée par Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Alors que les élections fédérales de 2015 ont abouti à une recomposition du gouvernement, la majorité PLR et UDC au sein du collège n’a pas eu l’effet prévu. Didier Burkhalter a semblé jouer un rôle de pivot.

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Les prises de position antagonistes des deux représentants PLR du gouvernement, Didier Burkhalter et Johann Schneider-Ammann, ont même transpiré de manière évidente en avril 2016, par rapport à l’exportation de matériel de guerre en Arabie saoudite. Le Neuchâtelois souhaitait privilégier le respect des droits humains, le Bernois les intérêts de l’industrie exportatrice suisse. Le chancelier a dû mener une médiation.

«On nous fait le coup à chaque fois»

Au-delà du critère de la provenance régionale du futur ministre – la direction du PLR veut un latin –, la ligne politique défendue par ce dernier s’annonce ainsi déterminante. «Le premier critère pour nous, clairement, est d’avoir un conseiller fédéral plus à droite, notamment sur l’Union européenne et sur l’immigration», affirme le conseiller national Luzi Stamm (UDC/AG). Le PLR ne défend pas la même politique extérieure que l’UDC. Mais son scepticisme par rapport au contenu des négociations institutionnelles avec Bruxelles n’est pas un secret.

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Cela dit, au sein de l’Assemblée fédérale, les 120 membres PLR et UDC ne forment pas encore une majorité. Et les autres partis ne s’en laissent pas compter. «On nous fait le coup à chaque vacance au Conseil fédéral, réagit le président du Parti socialiste, Christian Levrat. Mais je n’ai aucune crainte. Car il y a un principe de réalité qui s’impose: la Suisse n’adoptera jamais une politique étrangère basée sur autre chose que l’ouverture. Elle ne mènera jamais une politique étrangère de droite.»

«Au Conseil fédéral, on ne veut pas de mâles alpha»

Le vice-président du PDC, Yannick Buttet, relativise lui aussi. «Le profil politique joue un rôle. Mais on est en Suisse. Au Conseil fédéral, on ne veut pas de mâles alpha.» Autrement dit, le candidat qui adopterait une ligne politique trop profilée n’aurait aucune chance. Et sa politique non plus. Si le Conseil national a viré à droite en 2015, le Conseil des Etats, lui, reste composé d’une majorité PDC-PS-Verts.

Deux initiatives à combattre

«Le style politique et la capacité de dialogue sont des critères importants, affirme la conseillère nationale Adèle Thorens (Verts/VD). Il nous faudrait dans l’idéal une personnalité sachant défendre une Suisse ouverte sur le monde et le respect des droits humains.»

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En 2018, l’initiative d’autodétermination de l’UDC, dite initiative contre les «juges étrangers», sera en effet soumise au vote. Une initiative visant à résilier la libre circulation des personnes est aussi en gestation. Le PLR devra incontestablement veiller à présenter un candidat qui, même plus à droite que Didier Burkhalter, soit crédible lorsqu’il s’agira de combattre ces deux objets.

Dossier
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