La majorité de gauche au Conseil d’Etat genevois n’aura été qu’une parenthèse. Ce dimanche, les citoyens ont confirmé la droitisation de leur canton en confiant à l’Entente bourgeoise quatre des sept sièges gouvernementaux. Un vote cohérent par rapport à l’élection du parlement, qui s’était soldée le 11 octobre par une victoire de la droite. Grands gagnants de la joute: les libéraux, qui reconquièrent le siège perdu en 2005 en plaçant le sortant Mark Muller et la nouvelle ministre Isabel Rochat. A gauche, les Verts confirment leur assise: la députée Michèle Künzler est élue aux côtés du sortant David Hiler. Les deux nouvelles magistrates signent le retour des femmes aux affaires après quatre ans d’absence. Le Mouvement Citoyens genevois (MCG), en revanche, rate la marche malgré son succès au Grand Conseil. Egalement vaincu, le PS, qui perd un de ses deux sièges suite à la défaite de Véronique Pürro.

Lors de ce dimanche électoral qui a mobilisé 46,25% des Genevois, un score sans précédent depuis 1969, on aurait pu imaginer que la percée du MCG se confirmerait. Mais Eric Stauffer et Mauro Poggia n’arrivent qu’en neuvième et dixième places (lire ci-contre). Quant à l’UDC Yves Nidegger, cavalier seul, il se place au onzième rang. Le vent de contestation n’aura donc pas soufflé longtemps: les cinq sortants sont réélus, se félicite David Hiler: «Cela démontre que la politique menée pendant quatre ans a été soutenue par le peuple.»

En octobre, les Genevois étaient «de mauvaise humeur, mais, comme souvent, ils ont fait la différence entre la protestation et la responsabilité très lourde que suppose le choix des conseillers d’Etat», renchérit Michel Halpérin, président du Parti libéral.

Ce dernier a toutes les raisons de se réjouir: après la gifle reçue il y a quatre ans, alors que Micheline Spoerri était remerciée par le peuple après un seul mandat, les libéraux retrouvent le siège perdu. Isabel Rochat, membre de l’exécutif de la commune de Thônex, arrive sixième et récupère un des deux fauteuils laissés vacants par le socialiste Laurent Moutinot et le Vert Robert Cramer. Après avoir mené campagne en se présentant comme «la voix des communes», cette novice sur la scène cantonale est attendue au tournant. Tout comme Mark Muller, quatrième, qui repart pour un tour: les logements promis lors de la dernière législature seront-ils construits?

Les alliés parviennent à faire réélire leurs candidats: deuxième de la course, François Longchamp console son parti d’un score médiocre au parlement. Conservera-t-il le Département de la solidarité et de l’emploi? L’étoffera-t-il? En tout cas, dimanche, il ne cachait pas son intérêt pour les questions énergétiques et fustigeait «les ­dysfonctionnements aux Services industriels de Genève, qui expliquent en grande partie le succès du MCG». De son côté, le PDC Pierre-François Unger, premier en 2005, se retrouve quatrième.

Les écologistes n’ont pas déçu les Genevois, qui leur confiaient il y a quatre un deuxième siège gouvernemental. Patron sortant des Finances, David Hiler arrive largement en tête de la course. Dans son élan, il emporte au gouvernement Michèle Künzler, députée au Grand Conseil depuis 2001 et spécialiste des questions d’aménagement et de logement.

Pour les socialistes, en revanche, la journée fut noire (lire ci-dessous). Si Charles Beer, patron de l’Instruction publique, est reconduit, le siège de Laurent Moutinot, ex-ministre contesté de la Police, passe à droite. Avec son discours revendiquant «la continuité» du bilan critiqué du sortant socialiste, Véronique Pürro n’a pas convaincu. La réorientation de sa campagne sur des thématiques sociales n’a pas davantage séduit. Face à un MCG très présent sur le terrain et surtout sur le thème de l’insécurité, cher aux Genevois, le PS est resté impuissant. Résultat: les socialistes, qui comptaient deux sièges depuis 1961, sauf l’exception du gouvernement monocolore de 1993, en perdent un. Et du coup, la majorité acquise par la gauche pour la première fois depuis 1933 passe à la trappe.

La colère des alliés roses-verts se focalise sur la gauche dure, «en partie responsable du renversement de majorité», condamne le président des Verts suisses, Ueli Leuenberger. En cause: SolidaritéS et le Parti du travail, pas représentés au parlement, appelaient leurs électeurs à ne pas soutenir les candidats socialistes et verts. Plus morcelée que jamais, la gauche devra trouver un nouveau souffle.

Après une législature où le Conseil d’Etat à majorité de gauche a dû gouverner au centre et chercher sans cesse les compromis face à un parlement de droite, la nouvelle configuration devrait pousser la gauche à se durcir. «Mais en vertu du système suisse, aucun camp ne pourra aller trop loin», analyse David Hiler.

Que fera la droite de sa double majorité? «Elle doit avoir le courage de reprendre la main sur la sécurité», estime Michel Halpérin (lire en page 3). Deuxième priorité: «Il faut mette fin à la politique d’ostracisme en matière de trafic.» Autrement dit: la guerre entre transports publics et privés n’est pas révolue. Plus globalement, explique le libéral, les ministres devront s’atteler à «montrer ce qu’ils font», histoire de mettre les contestataires sur la touche.

Contestataires, mais bien présents au Grand Conseil, les élus du MCG, deuxième force parlementaire «ni de droite ni de gauche» ex aequo avec les Verts, comptent 17 sièges sur 100 et n’ont pas l’intention d’être transparents. Le député PDC Guy Mettan estime d’ailleurs qu’«il ne faudra pas retomber dans le péché d’arrogance en ignorant la gauche et le MCG: les démocrates-chrétiens et les radicaux veilleront à ce que des compromis soient trouvés».