Le trend national en faveur d'une baisse d'impôts trouve toujours plus d'écho à Fribourg. Après plusieurs initiatives qui ont abouti au Grand Conseil ces dernières années, tant la gauche que la droite viennent de lancer de nouvelles propositions allant dans ce sens.

Il est vrai que la position du canton en terme de fiscalité n'est pas des plus attractives pour les contribuables. Si Fribourg reste globalement compétitif pour les personnes morales, il se situe en revanche à l'antépénultième rang des cantons qui taxent le plus les personnes physiques. Défavorisé par un revenu cantonal qui se situe à 80% de la moyenne nationale, Fribourg a dû historiquement combler ce déficit structurel par des ponctions fiscales plus importantes. En panne d'emplois à haute valeur ajoutée, et malgré une démographie supérieure à la moyenne nationale, le canton traîne ce boulet depuis des lustres, malgré des finances publiques aujourd'hui sous contrôle.

Ainsi, la grogne a commencé à grandir à droite. Les milieux patronaux, notamment la Chambre fribourgeoise du commerce, voulaient, soit par une initiative, soit par la voie parlementaire, demander une réduction de 10% de l'impôt sur les personnes physiques.

Concurrence

Ils ont désormais trouvé leurs chevaliers à l'Hôtel cantonal. L'entente bourgeoise et l'UDC viennent en effet de déposer une motion reprenant leur projet. Rythme de la mesure: 2% par année dès 2006 jusqu'en 2010. Comme la Chambre du commerce, la droite parlementaire veut aujourd'hui rendre le canton plus concurrentiel, notamment par rapport à ses voisins. Mais la droite n'est pas la seule à exiger des baisses d'impôts. Le PS a déposé il y a quelques mois une initiative fiscale, qui propose la déduction d'un forfait par enfant directement sur l'impôt dû. Et ces deux nouvelles tentatives de réduire la fiscalité viennent s'ajouter à d'autres en cours d'application.

En 2002 est entrée en vigueur une diminution linéaire de 3% de la charge fiscale des personnes physiques, et de 25% pour les personnes morales. La perte sèche de recettes se situe aux environs de 15 millions de francs pour le canton et pour les communes. En septembre 2003, le Grand conseil a également entériné un autre programme de baisse d'impôts.

Suivant le projet du gouvernement, qui répondait à sept motions ou postulats, les parlementaires ont adopté un plan de réduction fiscale de 16,5 millions de francs. Mesures prises: le relèvement des déductions pour frais de garde à 4000 francs, une augmentation de 800 francs des déductions pour enfants et l'amélioration du système de splitting. Avec cette nouvelle mesure, Fribourg gagnera trois rangs sur l'échelle de la charge fiscale nationale. Selon une projection de l'Administration fédérale des finances, Fribourg passera du 24e au 21e rang des cantons suisses.

Equilibrisme fiscal

Enfin, en 2005, une nouvelle réduction linéaire de 2% pour les personnes physiques entrera en vigueur. Cette mesure a déjà été reportée deux fois en raison de la situation financière de l'Etat. A la Direction des finances, la conclusion est claire: en cinq ans, les collectivités publiques auront réduit les impôts d'un montant total d'environ 72 millions de francs. En attendant le résultat de la motion bourgeoise et de l'initiative socialiste.

Face à ces différentes offensives, le successeur d'Urs Schwaller n'aura pas la tâche facile. Avec un projet de péréquation financière qui est encore défavorable à Fribourg, un paquet fiscal qui va priver le canton de rentrées substantielles et des propositions de nouvelles économies de la Confédération, le mécano fiscal s'annonce de plus en plus difficile à monter.