L'avenir de l'école primaire genevoise est désormais entre les mains des citoyens. Au terme d'un débat de cinq heures, les parlementaires ont voté le contre-projet qui sera opposé, le 24 septembre, à l'initiative de l'Association refaire l'école (Arle) «pour le maintien des notes à l'école».

Sans surprise, la majorité de droite a plébiscité le retour des notes d'antan à l'école primaire, en acceptant, par 59 oui contre 33 non, le texte de l'Entente bourgeoise. L'autre contre-projet, élaboré par le ministre socialiste de l'Instruction publique, Charles Beer, a donc été enterré.

Deux options très similaires

Le contre-projet adopté prévoit l'introduction des cycles d'apprentissage de deux ans. Pour la promotion, «les objectifs d'apprentissage doivent être atteints dans les trois disciplines de base». Autrement dit: les élèves doivent obtenir la note minimale de 4 sur 6. Sinon ils redoublent, exception faite des dérogations.

En septembre, le peuple devrait donc trancher entre l'initiative d'Arle, qui propose des notes sanctionnant chaque épreuve et donnant lieu à une moyenne, et celui de la droite, très similaire.

Principales différences: Arle préconise un découpage de l'école primaire en degrés, alors que la droite propose des cycles d'apprentissage de deux ans. Elle réclame également des évaluations, par le Grand Conseil, des établissements et innovations pédagogiques.

Les habitudes du Grand Conseil genevois sont revenues au galop: le débat a vite tourné à la confrontation idéologique. La gauche a grondé contre cette école «rétrograde et élitiste». Et la droite s'est félicitée de construire une école «efficace».

L'amendement du MCG réclamant «des moyens différenciés et ciblés pour soutenir les élèves en difficulté», voté par la majorité, n'a pas calmé les esprits. Il a même fait ricaner la gauche. «Le fait que l'Entente la soutienne me fait douter de sa pertinence», a déclaré la socialiste Véronique Pürro. «Quelle ironie: depuis la fin des années 90, la droite n'a pas cessé de couper dans les postes d'aides», a ajouté le Vert Pierre Losio.

Jusqu'au bout, la droite est restée liguée contre le projet de Charles Beer. Selon la Verte Sylvia Leuenberger, «le parlement a failli à sa mission de proposer une véritable alternative à Arle». Même sentiment de regret de Véronique Pürro: «L'école aurait mérité qu'on parvienne à dépasser les clivages politiques.»

Plaidoyer de Charles Beer

Pour le ministre Charles Beer, c'est un coup dur, très dur. Bien entendu, le magistrat a appelé les Genevois à refuser le contre-projet de la droite. Selon le conseiller d'Etat socialiste, la majorité du Grand Conseil a insulté une «noble profession» en lui imposant une méthode pédagogique et en l'évacuant de la procédure de consultation. Charles Beer n'a toutefois pas baissé les bras: «L'histoire nous dira si le vote de ce soir est à marquer d'une pierre blanche ou d'une pierre noire.»