ELECTIONS FEDERALES

La droite genevoise espère reconquérir sa majorité perdue

90 candidats sur 14 listes se disputeront les onze sièges genevois au National. Question: les radicaux sauveront-ils le mandat acquis en 1995?Au Conseil des Etats, trois hommes attaquent les deux sortantes, Christiane Brunner et Françoise Saudan.Un combat que la popularité des intéressées rendra difficile

Quatorze listes, totalisant 59 hommes et 31 femmes, ont été déposées hier à Genève en vue des élections fédérales du 24 octobre prochain. L'enjeu se réduira à un traditionnel affrontement gauche-droite, avec des apparentements entre tous les partis, où l'Entente bourgeoise tentera de reconquérir la majorité perdue il y a quatre ans.

A droite, les dernières élections furent difficiles pour les libéraux, qui perdirent un siège dans chacune des deux Chambres. Ils pourront cette année capitaliser le bon résultat attendu de leur initiative fiscale, opportunément traitée un mois avant le scrutin. Un troisième siège au National est donc possible, que cinq candidats se disputeront, dans une joute limitée au sortant Jacques-Simon Eggly, à l'ancien président du Grand Conseil René Koechlin et à la députée et médecin Barbara Polla.

Les radicaux pourront-ils conserver le deuxième siège acquis de peu il y a quatre ans? Le retrait de Peter Tschopp sera lourd à surmonter, mais favorisera la réélection de l'agriculteur John Dupraz, qui s'emploie à priver son concurrent direct, le député Roger Beer, des suffrages paysans qui se portaient sur lui jusqu'ici. Madeleine Bernasconi, maire de Meyrin, peut prétendre à la seconde place, dans une élection qui semble relever d'un tour de chauffe pour le prochain Conseil d'Etat. Il faudra aussi compter sur Denis Choisy, ancien directeur de la prison qui fut également maire apolitique de Puplinge durant 24 ans avant de se découvrir des affinités radicales. Une liste des jeunes radicaux est aussi sur les rangs.

Au parti démocrate-chrétien, l'ancien conseiller d'Etat Jean-Philippe Maitre, actuel président du groupe parlementaire national, domine une liste de 10 candidats, où figurent aussi le président du parti Jean-Claude Vaudroz et l'ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève Guy Mettan. Le parti a perdu, d'un rien, un siège il y a quatre ans, et a progressé aux dernières municipales. Mais, petit hic, c'est à Marie-Thérèse Engelberts qu'il le doit, avant que celle-ci ne sombre dans l'affaire du même nom.

A gauche, les socialistes ont déposé trois listes pour tenter de conserver les quatre sièges décrochés lors des dernières élections. Mais, depuis lors, le soufflé de la liste femmes est retombé, Jean Ziegler est candidat à Zurich, et Christiane Brunner ne vise que le Conseil des Etats. Le reflux socialiste, d'un siège au moins, est probable. Leur président Christian Brunier ne nie pas que «ce sera excessivement dur». Chez les femmes, les élues Liliane Maury-Pasquier et Maria Roth-Bernasconi doivent composer avec l'ancienne présidente du Grand Conseil Christine Sayegh. Chez les candidats, Nils de Dardel se représente, avec les députés Dominique Hausser et Albert Rodrik notamment. Une liste jeune fera l'appoint, emmenée par le bouillant Erik Grobet.

Le propre père de celui-ci, l'ancien conseiller d'Etat Christian Grobet, est à la tête des neufs candidats de l'Alliance de gauche. Le gain d'un deuxième siège, que la mathématique électorale n'exclut pas, reviendrait alors au député Pierre Vanek. Séparé de son partenaire, le Parti du travail fait corps autour de son unique élu Jean Spielmann, qui a flirté avec l'échec il y a quatre ans. Mais l'apport de huit candidats, dont le conseiller administratif André Hediger et la députée Erica Deuber-Ziegler, y suffiront-ils?

Les Verts ont perdu leur unique siège il y a quatre ans. Sept candidats partent à leur reconquête. Parmi les favoris, le président du parti David Hiler, mais aussi l'ancien rédacteur en chef du Courrier Patrice Mugny, qui peut bénéficier des voix de l'extrême gauche, tout comme le directeur de l'Université populaire albanaise Ueli Leuenberger, même si, comme le relève cet observateur, «les réfugiés ne votent pas…».

Il faut encore signaler la présence de quatre listes isolées. Deux listes aux extrêmes: à gauche, «contre le démantèlement social, non aux bilatérales» et à droite, issue des patriotes et démocrates suisses. L'inclassable «Parti antimagouille», traditionnel trouble-fête, est à nouveau de la partie, de même que l'UDC, qui tente épisodiquement de réunir sous sa bannière les suffrages en déshérence du défunt mouvement xénophobe Vigilance. Pour ce faire, elle sort de sa manche Jack Yfar, ancien imprésario de Fernand Raynaud, que la conversion de l'ancien député communiste aux thèses de Christoph Blocher aurait assurément inspiré.

Conseil des Etats disputé

Pour le Conseil des Etats, les deux sortantes Christiane Brunner (socialiste) et Françoise Saudan (radicale) se représentent avec le soutien de leurs coalitions respectives.

L'Entente propose également le conseiller national libéral Jean-Michel Gros, qui sait qu'il n'est guère favori. «Comme Turin l'était pour les Jeux», en sourit-il. A gauche, le PS et les Verts proposeront uniquement Christiane Brunner, tandis que le Parti du travail, qui a un temps souhaité ne pas la soutenir (Le Temps du 14 août 1999), s'est finalement rallié à sa candidature, sur un même bulletin que Jean Spielmann. L'Alliance de gauche privilégie quant à elle un ticket avec le député Bernard Clerc.

Publicité