En cette période de pénurie de logements, le titre de l'initiative populaire lancée mercredi, avec le soutien de la droite et des organisations patronales genevoises, a de quoi séduire: «15 000 logements pour sortir Genève de la crise».

Et comme le relève Pierre Kunz, le président du Comité d'initiative, la situation actuelle nuit au développement économique du canton: «Avec 1293 logements nouveaux en 2004, on n'a jamais construit aussi peu à Genève depuis quarante ans, déplore le député radical. La pénurie dissuade des entreprises créatrices d'emplois de venir, affirme-t-il, tandis que 25% des actifs genevois vivent en France ou dans le canton de Vaud. Ce qui représente une importante perte fiscale.» Selon les initiants, seule une augmentation significative du nombre de logements pour la classe moyenne pourrait enrayer l'exode des contribuables, encourager l'économie cantonale et contenir la hausse des loyers.

Deux mesures principales

Pour parvenir à la construction rapide des 15 000 logements promis par l'initiative, le Comité s'appuie sur deux mesures phares: le déclassement d'au moins 1% de la surface du canton (282 hectares) en zone primaire et l'accélération de la procédure d'octroi des autorisations de construire. Les terrains à déclasser représenteraient presque 2,5% de la zone agricole du canton. Une superficie qui s'ajouterait au 1% déjà prévu par le Plan directeur cantonal, qui trace depuis 2001 les grandes lignes de l'aménagement du territoire sur vingt ans.

De l'aveu du député libéral Blaise Matthey, le lancement de l'initiative – qui requiert 10 000 signatures – découle d'un constat d'échec de la politique cantonale: «Nous en appelons aux citoyens», dit-il. Les représentants des partis de l'Entente accusent surtout le conseiller d'Etat socialiste Laurent Moutinot, en charge de l'aménagement, d'inertie et de vouloir imposer du logement social, «alors qu'il faut construire pour la classe moyenne», revendique Pierre Kunz.

Contacté alors qu'il représente Genève à Cannes, au Marché international des professionnels de l'immobilier, le ministre socialiste assimile l'initiative populaire «à de la gesticulation électorale. C'est très bien de vouloir construire des logements, reconnaît Laurent Moutinot, mais alors pourquoi les partis de droite ne commencent-ils pas par soutenir le déclassement en zone agricole de 1,5 km2 de terrains prévu par le Plan directeur cantonal?» D'autre part, le conseiller d'Etat relève que les zones primaires souhaitées par l'initiative sont exemptes de contrôle sur le prix des terrains et sur le type de construction: «Quelle commune acceptera de prendre en charge les centaines de millions de francs d'investissement liées à la création d'équipements?» interroge Laurent Moutinot, qui juge cette initiative irréaliste.

Membre de la commission parlementaire de l'aménagement du territoire, Michèle Künzler estime également «qu'il faut d'abord concrétiser rapidement les nombreux projets actuels, et ne pas déclasser dans une zone qui n'offre plus de contrôle». L'initiative est loin de faire l'unanimité, même auprès des agriculteurs. Pour Michel Courtois, président de la Chambre genevoise d'agriculture, «le déclassement de 2,5% de la surface agricole n'est pas une bonne solution». Il prône plutôt «un changement de zone, autour des hameaux, mais de façon contrôlée et avec concertation».