En cette période de pénurie de logements, dénicher au moins 10 000 électeurs pour soutenir l'initiative populaire intitulée «15 000 logements pour sortir Genève de la crise» n'a pas été difficile. 13 000 signatures viennent d'être déposées à la Chancellerie. Soutenu par les partis de l'Entente de droite, la Chambre de commerce et d'industrie et la Chambre genevoise immobilière, cet objet vise à déclasser au moins 1% de la superficie du canton, issue de la zone non constructible.

En clair: 2,5% de la surface agricole genevoise, soit 282 hectares, pourraient devenir des terrains à bâtir en zone primaire. Ces déclassements en zone rurale interviendraient dans les 30 mois après l'adoption de cette initiative. Ils seraient effectués en plus de ceux prévus par le Plan directeur cantonal de l'aménagement du territoire, qui mise sur la construction de 32 000 logements en vingt ans.

Un constat d'échec

Cette démarche est née d'un constat d'échec. «Malgré les projets annoncés, on ne construit pas assez à Genève, alors que le canton a un besoin urgent de nouveaux logements», remarque Blaise Matthey, membre du comité d'initiative. Pour le député libéral, l'apathie du marché du bâtiment est la conséquence d'une politique inadaptée: «Il faut donc trouver une autre formule, qui facilite l'acte de construire.» L'initiative demande d'ailleurs d'accélérer et de simplifier les procédures d'octroi des autorisations de construire.

La zone primaire offre plusieurs avantages au regard des initiants. Contrairement aux zones de développement, qui sont les plus courantes, la zone primaire se soustrait à l'interventionnisme de l'Etat. Le prix de vente est libre, et la densité ressort d'autorisations communales et non plus cantonales. Ces conditions devraient inciter les promoteurs à investir plus facilement. Car la plupart d'entre eux sont souvent réticents à s'engager dans des projets chapeautés par l'Etat, car plus contraignants.

L'inquiétude du Conseil d'Etat

Ces avantages octroyés par la zone primaire inquiètent par contre le Département de l'aménagement, de l'équipement et du logement (DAEL) et les partis de gauche. «Il risque d'y avoir une flambée des prix de vente, puisque l'Etat ne pourra plus contrôler les tarifs en propriété par étage, avertit Michèle Künzler, membre de la commission parlementaire de l'aménagement du territoire. En plus, poursuit la député écologiste, le canton n'aura plus de droit de préemption pour effectuer des réserves foncières à des prix abordables.»

En l'absence de Laurent Moutinot, qui s'était déjà déclaré opposé à cette initiative au moment de son lancement, le secrétaire général du DAEL met en garde contre les risques «de développement anarchique du canton». Denis Dufey estime par ailleurs que, pour mettre fin à la pénurie de logements, «il faut d'abord concrétiser les projets en préparation». Or, plusieurs d'entre eux sont retardés par les oppositions de communes qui voient d'un mauvais œil ces projets cantonaux et leurs centaines de logements sociaux. Cela a été le cas récemment à Thônex, où le Conseil municipal a refusé de déclasser en zone développement des communaux d'Ambilly qui doivent accueillir 3300 logements.

Et les logements sociaux?

Néanmoins, pour Pierre-Louis Portier, député démocrate-chrétien, l'initiative est indispensable car complémentaire: «Il faut lancer plusieurs projets en même temps, on ne va pas résoudre le problème de la pénurie de logements uniquement par les communaux d'Ambilly.»

L'autre crainte suscitée par l'initiative est que, en l'absence de contrôle de l'Etat, les constructions ne respectent pas le principe de mixité qui favorise la création de logements sociaux. «C'est un faux procès, rétorque Blaise Matthey. Evidemment qu'il y aura des logements sociaux. Ce n'est pas une initiative pour des villas, poursuit le secrétaire général adjoint de la Fédération des syndicats patronaux, nous voulons stimuler la construction pour créer des logements en faveur de la classe moyenne, qui représente la majorité de la population du canton.»