L'atmosphère est très tendue entre la gauche jurassienne et la majorité gouvernementale et parlementaire de droite, depuis que l'exécutif a décidé de ne pas soutenir la loi sur le développement économique lors de la votation du 24 septembre (Le Temps des 17 et 25 août). Après les invectives proférées par le président du PSJ Gilles Froidevaux, Jean-François Roth, très irrité mercredi, a saisi la perche tendue par le président du PDC Jura Charles Juillard pour dire tout le mal qu'il pense des socialistes, «de leurs aigres musiques et de leur désarroi».

C'est dans ce climat défavorable que le député socialiste Jean-Pierre Petignat a dû défendre sa motion réclamant l'instauration d'un salaire minimum. «Près d'un salarié sur huit en Suisse gagne moins de 3000 francs par mois, relève le syndicaliste. Le Jura, région des bas salaires, n'échappe pas à cette situation.» Et d'exiger un salaire légal plancher de 3350 francs par mois. «Les salaires inférieurs au minimum vital, que le Jura a fixé à 3300 francs pour une famille avec deux enfants, doivent être déclarés illégaux», renchérit le popiste Rémy Meury, précisant qu'à Delémont où il est conseiller communal, «58 personnes ont recouru à l'aide sociale depuis le début de l'année pour compléter leur salaire de misère».

Ne niant pas l'acuité du problème, Jean-François Roth prétend que l'instauration d'un salaire minimal dans la loi n'est pas une bonne mesure. Citant une étude de l'OCDE qui s'est intéressée au SMIC en vigueur dans 17 pays européens, il estime que la notion de salaire minimum est «trop globale, trop statique et peut avoir pour inconvénient majeur de freiner l'embauche des jeunes et des personnes peu qualifiées». Autre problème, selon le ministre: même préconisée de manière déclamatoire par les Constitutions fédérale et cantonale, la mesure est incompatible avec le droit civil suisse. En clair, le gouvernement jurassien ne veut pas d'un salaire minimum imposé par l'Etat.

La gauche allait vers une défaite, lorsque les radicaux ont habilement sorti de leur chapeau une solution de compromis: transformer la motion en postulat! «Cela permet d'éviter de refermer définitivement le débat», souligne le député Jean-Michel Conti, qui s'affirme toujours plus comme un homme d'Etat. Et surtout, cette pirouette, acceptée sans opposition et avec une bonne dose d'hypocrisie par ceux qui clamaient quelques minutes plus tôt ne pas vouloir d'un salaire minimum, évite de trop envenimer les relations entre la droite et la gauche.

Jean-Michel Conti lance par ailleurs une pierre dans le jardin de Jean-François Roth, contraint de mener, dans un délai d'un an et contre son gré, une étude sur la faisabilité d'un salaire minimum.