La droite à l’assaut d’un deuxième siège en Ville

Titulaire de quatre des cinq sièges du Conseil administratif de la Ville de Genève depuis 15 ans, la gauche – socialistes et Verts – sera-t-elle contrainte de composer avec un deuxième élu issu des rangs de l’Entente? Au soir du premier tour, la question est plus pertinente que jamais. Avec 11 848 suffrages, le PLR Pierre Conne s’invite en effet dans le quintet de tête et permet à son camp de nourrir toutes les ambitions.

A l’issue du dépouillement anticipé, qui ne tient pas compte des bulletins déposés dans les bureux de vote, le maire et conseiller administratif sortant Sami Kanaan (PS) arrive en tête de l’élection à l’exécutif de la Ville de Genève, avec 14 207 voix. Il est talonné par le PDC Guillaume Barazzone (14 151 voix), qui a su rassembler bien au-delà des rangs de l’Entente (PLR et PDC) en séduisant des électeurs de gauche: son nom a été ajouté plus de 700 fois sur les listes de l’Alternative (PS et Verts). La Verte Esther Alder arrive en troisième position avec 13 527 voix, suivie de la socialiste Sandrine Salerno (13 041 voix) et donc de Pierre Conne.

Sous la barre virtuelle des cinq premiers élus, l’Entente place les deux autres candidats PLR de son ticket: Adrien Genecand obtient 11 783 voix, suivi par Natacha Buffet-Desfayes (11 419 voix).

Le sortant Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) fait les frais de son refus d’une alliance avec l’Alternative au premier tour: il ne se classe que huitième avec 6710 voix. Il est suivi par les deux candidats MCG, puis viennent ses deux collistières, Vera Figurek et Hélènbe Ecuyer. En queue de peloton, l’UDC Thomas Bläsi et la verte libérale Sue Putallaz ferment la marche avec 3395 et 2481 voix.

Tout est donc très ouvert pour le deuxième tour du 10 mai. Les partis devront déposer leurs listes avant mardi midi. La Constitution ne leur offre que deux options: maintenir leurs listes du premier tour ou en fusionner plusieurs. Mais exclu d’inventer une nouvelle liste.

Pour le PS et les Verts, la question centrale sera la suivante: tenter de maintenir les quatre sièges de la gauche en faisant liste commune avec Rémy Pagani, ou laisser le conseiller administratif partir seul au combat.

En toute bonne logique, la liste à quatre devrait l’emporter. Mais dans les coulisses de l’Alternative, les avis divergent. D’une part, certains admettent que quatre magistrats de gauche dans un collège de cinq élus, «c’est trop». D’autre part, d’aucuns soufflent qu’il serait plus aisé de travailler avec Pierre Conne, une personnalité lisse et accomodante, qu’avec le fantasque Rémy Pagani. En clair, ceux-ci seraient prêts à le sacrifier sur l’autel du consensus. A plus forte raison que le score de Sandrine Salerno n’est pas excellent. Pour l’Alternative, «partir avec Pagani» comporte donc le risque de le voir élu à la place de sa championne, ce qui serait le scénario du pire.

Rémy Pagani ainsi que la Verte Esther Alder ont déjà laissé filtrer leur préférence dimanche: faire liste commune et tenter le tout pour le tout. «Les Verts étaient favorables à une liste à quatre au premier tour, explique la conseillère administrative. Ensemble à gauche n’en a pas voulu, mais je pense que dans l’intérêt des Genevois, il serait bon de pouvoir poursuivre ensemble le travail que nous menons depuis quatre ans.» Rémy Pagani, lui, insiste sur la nécessité de définir un projet commun pour rendre possible une alliance de sa formation avec l’Alternative.

A droite, la question se pose différemment et dépendra largement des résultats de l’élection de Conseil municipal. Malheureusement, à l’heure où nous mettions sous presse dimanche soir, aucune indication n’était disponible.

Si la nouvelle composition du délibératif suit la tendance qui se dégage dans les communes – un renforcement des rangs de l’Entente – le PLR pourait se montrer ambitieux et aligner deux candidats aux côtés du PDC Guillaume Barazzone, très vraisemblablement Pierre Conne et Adrien Genecand. Dans un scénario plus prudent, l’Entente pourrait se contenter d’un ticket à deux candidats et l’arbitrage se ferait alors entre Pierre Conne et Adrien Genecand. Chacune de ces deux stratégies comporte des risques et des avantages: aligner un seul candidat PLR reviendrait à prendre le risque de se priver des suffrages «personnels» attribués au second. A l’inverse, aligner deux candidats PLR aux côtés de Guillaume Barazzone comporte le risque, dans une famille politique qui n’a pas toujours rimé avec union sacrée, de voir les biffages se multiplier et faire perdre des plumes à l’un comme à l’autre.

Pour Guillaume Barazzone, offrir deux sièges à l’Entente est un enjeu politique, «mais aussi institutionnel: la Ville doit être gouvernable, ce qui veut dire que le Conseil administratif doit être capable de former des majorités au Conseil administratif. Dans un système qui repose largement sur des projets concrets, obtenir des majorités serait logiquement plus aisé si la composition de l’exécutif était rééquilibrée.»

Les résultats de dimanche excluent enfin un dernier scénario: celui de voir entrer un candidat MCG ou UDC à l’exécutif de la Ville. Même si les deux partis devaient faire liste commune, leur poids électoral ne sera pas suffisant.

Certains admettent que quatre magistrats de gauche dans un collège de cinq élus, «c’est trop»