A Zurich, Berne, Nidwald, Fribourg, en Valais, à Saint-Gall ou en Argovie, l’UDC gagne partout. C’est une vague conservatrice-nationale qui s’est abattue dans tous les cantons pour l’élection au Conseil national. En milieu de soirée, les projections donnaient 29,5% de voix à l’UDC, ce qui​ serait de loin son meilleur score depuis 2007 (28,9%)

Mais le gain en sièges est plus spectaculaire. La droite nationale semble gagner tous ses paris. L’élection de la fille de Christoph Blocher, Magdalena Martullo-Blocher, aux Grisons, le siège abandonné à son profit dans le canton d’Uri par la présidente du groupe radicale Gaby Huber, ou un mandat supplémentaire à Fribourg et dans le Valais. L’UDC a aussi rajeuni sa délégation, à l’image de Roger Köppel, éditeur de la Weltwoche, qui, à Zurich, a éjecté l’ancien bras droit de Christoph Blocher Christoph Mörgeli. Alors que le doyen, Hans Fehr, mordait lui aussi la poussière. Il faudra encore attendre le second tour de l’élection au Conseil des Etats pour prendre la mesure de cette progression. Si en Argovie, Hans-Jörg Knecht pourrait rendre difficile l’élection du président du PLR Philipp Müller, il ne semble pas que l’UDC pourra percer à Saint-Gall ou à Soleure.

Pour autant, le président Toni Brunner se refusait à afficher la figure du vainqueur dimanche soir sur tous les écrans. C’est en président d’un parti prêt à assumer ses responsabilités au Conseil fédéral, donc inflexible dans sa revendication d’un deuxième siège, qu’il a voulu se présenter. Mais en posant ses conditions: l’application stricte de l’initiative contre l’immigration de masse.

Pour le politologue Oscar Mazzoleni, grand spécialiste de la droite nationale, la progression de l’UDC s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, il y a le contexte international. Même si le chaos de l’asile annoncé dès ce printemps par l’UDC n’a toujours pas eu lieu, le climat créé en Europe par l’arrivée de centaines de milliers de migrants et réfugiés a aussi imprégné une partie de l’électorat.

Ensuite il y a l’argent. L’UDC a sans doute engagé le plus fort budget de toutes ses campagnes. Avec des annonces et des affiches, mais aussi par une campagne de vidéos très professionnelle sur les réseaux sociaux. Il y a aussi un virage stratégique. Après avoir tenté en vain de conquérir le Conseil des Etats avec des candidats profilés et un ton agressif, il y a quatre ans, l’UDC a changé de ligne. «Elle a joué deux tons en dessous de ce à quoi elle nous avait habitués», admet le président du PDC Christophe Darbellay. Ses clips, qui s’adressaient particulièrement aux jeunes via les réseaux sociaux, avaient pour objectif de changer son image de parti de vieux et d’anti-modernes. Le message était «bienvenue à l’UDC, tu vois, nous ne sommes pas les méchants», résume Oscar Mazzoleni.

Tout en abandonnant son discours agressif, l’UDC n’en a pas pour autant abandonné sa base. Le référendum contre la révision de la politique d'asile, lancé cet automne, l’initiative contre la burqa ou celle pour asseoir la primauté du droit interne sur le droit international: tout cela a permis de maintenir la mobilisation de son noyau dur d'électeurs.

Il reste à savoir ce que l’UDC fera de sa victoire. D’abord revendiquer un deuxième siège au Conseil fédéral. Toni Brunner l’a martelé dimanche soir. Son parti est prêt à présenter des candidats valables. Mais pas question de se soumettre aux conditions des autres formations, le maintien des accords bilatéraux avec l’UE ou le choix d’un Romand sur le ticket.

Par contre, on a vu que des alliances thématiques pourraient être passées avec le PLR, avec le soutien attendu de députés conservateurs du PDC. L’objectif de l’UDC est en effet de redonner un coup de barre à droite en matière de politique économique et sociale. Dimanche, la révision de la prévoyance sociale était la plus souvent citée, mais aussi la réforme de l’imposition des entreprises. L’idée d’un frein aux dépenses sociales devrait également revenir sur le tapis.